Derrière le cliché du Romand contestataire

Des personnes soutenant la Palestine manifestent lors de l'organisation en parallele de deux manifestations, une marche silencieuse pour Israel contre l'antisemitisme et une manifestation pro-palestinienne antisioniste le jeudi 18 septembre 2025 à Lausanne. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)
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Selon le dernier rapport d’Amnesty International, le droit de manifester est actuellement menacer en Suisse. Mais l’est-il vraiment ? Pour en savoir plus, lis nos articles.

En Suisse, un stéréotype est celui du Romand dans la rue au moindre mécontentement. Le climat politique actuel et les manifestations pro-palestiniennes notamment, maintiennent cette idée.

Les Romands descendent-ils plus facilement dans la rue que les Suisses alémaniques? Dans un micro-trottoir diffusé par la RTS en 2025, plusieurs passants associaient spontanément la culture de la manifestation à la Suisse romande, perçue comme plus politisée et influencée par la France voisine.

Les chiffres ont longtemps semblé confirmer cette impression. Un sondage fait en 2016 par l’Université de Genève montrait déjà une participation plus forte aux manifestations en Suisse romande.

Une fracture relative

Les mobilisations récentes autour de Gaza ont aussi entretenu cette perception. « Si on regarde les universités suisses alémaniques, c’était beaucoup moins fort que dans les universités à Lausanne et à Genève », observe le directeur d’Année politique Suisse, Marc Bühlmann. Il relève toutefois une exception notable: Bâle, où l’influence française a contribué à un héritage plus marqué de contestation.

Pourtant, cette idée reçue mérite nuance. « De manière générale, on manifeste autant en Suisse alémanique qu’en Suisse romande, peut-être même plus », estime l’historien Alain Clavien. Selon lui, les grandes villes alémaniques ont, elles aussi, connu de puissantes mobilisations sociales et politiques. Il estime que le répertoire d’action est très similaire des deux côtés de la Sarine. 

« Le syndicalisme est beaucoup plus ancré en Romandie. »

Marc Bühlmann, directeur d’Année politique suisse

Deux cultures politiques face à la contestation

Marc Bühlmann revient sur une étude des politologues Marcos Fatke et Markus Freitag parue chez Springer Nature montrant que plus la démocratie directe est forte dans un canton, moins les habitants déclarent participer à des manifestations. Les chercheurs observent qu’en Suisse romande, « la démocratie directe est un petit peu moins forte que dans les cantons alémaniques ». 

La démocratie directe repose sur deux logiques politiques distinctes: une culture plus représentative en Romandie et une approche plus libérale en Suisse alémanique. Les Romands accordent davantage de confiance à l’État et aux élus pour porter leurs revendications, tandis que les Suisses allemands entretiennent une plus grande méfiance envers les institutions. « Ça veut aussi dire que les gens utilisent différents moyens pour montrer leur insatisfaction ou leur méfiance envers l’élite politique », explique Marc Bühlmann. Les Alémaniques privilégient ainsi initiatives populaires et référendums, alors qu’en Romandie, la contestation passe plus souvent par la rue.

Mais ce clivage ne s’explique pas uniquement par la culture politique des différentes régions linguistiques. En Suisse, les manifestations naissent de revendications variées: luttes syndicales, causes environnementales ou engagements idéologiques. L’étude citée par Marc Bühlmann montre notamment que les membres de syndicats participent davantage aux mobilisations: « le syndicalisme est beaucoup plus ancré en Romandie ». Les chercheurs relèvent également que les cantons dans lesquels les Verts réalisent de meilleurs scores politiques connaissent davantage de manifestations.

En somme, les formes d’engagement divergent de leur intensité réelle, Malgré cela, le Röstigraben de la contestation reste profondément ancré dans les esprits.

Par Cassandra Genoud & Jelena Allemann
Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours « Atelier presse II », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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