À Bulle, une croissance qui redessine le paysage politique

L’extension de la ville de Bulle entre 1981 et 2023. Crédits : Pierre_LYOBA (re.photos) et Google Earth

En pleine expansion, la ville de Bulle voit son territoire et ses équilibres politiques évoluer. Elle revendique pourtant encore son lien à la ruralité.

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“Une ville à la campagne”. C’est ainsi que le site de la ville présente Bulle, chef-lieu du district de la Gruyère dans le canton de Fribourg. Si les chantiers et leurs grues ont aujourd’hui investi le paysage, la deuxième ville la plus importante du canton était, encore il y a un demi-siècle, un petit bourg de campagne. Ce n’est qu’en 1981, avec l’arrivée de l’autoroute A12, que la région s’est ouverte aux grands centres et a amorcé une transformation structurelle profonde.

Attrayante de par son emplacement et les perspectives qu’elle offre, Bulle a vu sa population grimper en flèche: de 17’000 habitants en 2007, la ville en compte désormais plus de 27’000. Un bond qui la place parmi les villes suisses à la plus forte croissance démographique. Maya Rossel, habitante de Riaz, à quelques minutes du centre, témoigne: “Ceux qui habitaient à Lausanne et à Vevey ont tendance à venir par ici. Ils y trouvent quelque chose de plus”. Riazoise depuis plus de trente ans, elle a été aux premières loges de l’évolution du chef-lieu gruérien: “À notre arrivée les premières années, il y avait encore des champs juste à l’entrée de la ville, avec des vaches et des moutons. Mais c’est fini. (…) Maintenant ça commence à prendre trop d’essor à mon avis”.

Un aménagement qui tente de concilier les deux mondes 

Si tout le monde ne voit donc pas d’un très bon œil cette croissance fulgurante, le chef-lieu a bien dû s’adapter à son évolution démographique. Pour satisfaire les besoins de tous, la ville a misé sur une politique favorisant le vivre-ensemble entre anciens et nouveaux habitants et cherche à ramener un peu de campagne en ville. Jacques Morand, syndic de Bulle pendant près de dix ans et récemment retraité de sa fonction, décrit cette ambition: “Il nous faut une ville urbaine, verte, accessible et où le citoyen n’a pas forcément besoin de prendre sa voiture pour trouver un coin de tranquillité à la campagne. Donc, il faut le lui apporter à travers la mise à disposition d’infrastructures. Ce qui s’est fait en dix ans dans la ville de Bulle au niveau du support aux citoyens est énorme”.

On est un peu marginalisés par rapport au poids qu’on pouvait avoir à l’époque.

Karine Kilchoer, paysanne de Bulle

Les perspectives de développement sont plus incertaines pour la population agricole ayant des terrains aux abords de la ville. La densification des zones construites comprime leur espace. Résultat: “Sur le territoire communal de Bulle, il n’y a presque plus d’agriculteurs aujourd’hui” reconnaît Jacques Morand.

Aux alentours de la ville, certains paysans souffrent des nouvelles priorités d’aménagement. Karine Kilchoer et son mari détiennent une des dernières fermes actives dans la commune. “Aujourd’hui, l’agriculture pèse tellement peu dans la répartition des richesses de la population, confie-t-elle. Ça génère aussi des revenus moins importants. De ce fait, on est un peu marginalisé par rapport au poids qu’on pouvait avoir à l’époque dans la vie politique”.

Un paysage politique en mutation

Comme la majorité des villes en développement, la composition des élus bullois a beaucoup changé ces dernières décennies. Jacques Morand a observé cette transition : “Quand j’ai commencé à me mettre en lice il y a une trentaine d’années, on avait cinq conseillers communaux PLR à Bulle. Maintenant, il n’y en a plus que deux. Le parti socialiste est le plus fort de la ville, c’est là aujourd’hui qu’on apporte le plus de choses à une population demandeuse d’infrastructures”. Un renversement historique: Bulle était un foyer radical depuis le milieu du XIXe siècle.

Il y a une trentaine d’années, on avait cinq conseillers communaux PLR à Bulle. Maintenant, il n’y en a plus que deux.

Jacques Morand, ex-syndic de Bulle

Cette tendance s’est encore confirmée lors des dernières élections, début mars 2026. La capitale gruérienne a vu son exécutif prendre un léger virage vers la gauche. Au Conseil communal, les Centristes (22,5% des voix) ont récupéré le siège laissé vacant après le départ de l’ancien radical Jacques Morand. Le Parti socialiste prédomine avec trois sièges. Mais “notre bloc de droite reste solide”, précise la PLR réélue Estelle Zermatten dans une interview donnée à 24 Heures.

Bulle à l’heure des changements

Bulle n’est donc pas l’exemple-type d’un net clivage entre ville et campagne, mais plutôt le reflet d’un territoire en évolution. Malgré un léger glissement vers la gauche, ses racines rurales, érigées par la ville en argument d’attractivité, restent visibles dans la composition politique (5 sièges de droite contre 4 sièges de gauche au Conseil communal).

Mais pour combien de temps encore? Avec quatre nouveaux projets immobiliers, dont un énorme quartier à l’ouest de la ville, ce sont 6’000 à 7’000 nouveaux habitants qui viendront potentiellement s’installer sur le territoire du chef-lieu gruérien. Combiné à la construction du nouveau complexe industriel de Rolex, prévu pour l’horizon 2029, Bulle pourrait être en passe de devenir la nouvelle capitale économique du canton.

Par Guillaume Fontaine, Sarah Gentizon et Annaïk Schaub

Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours « Atelier presse II », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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