Romain Montandon: « plein de hockeyeurs sont homosexuels depuis des années et ne vivent pas leur vie à 100% »

Romain Montandon se définit “pansexuel”. Il joue au poste de défenseur à Bâle, en Swiss League.

Assumer une orientation différente de l’hétérosexualité reste tabou dans le hockey sur glace masculin en Suisse. Pour le moment, la Fédération ne constate aucun « problème » et « salue » les initiatives prises par les clubs pour libérer la parole. Elles sont toutefois peu nombreuses. Enquête.

Contacts physique, violence, trash-talk, et cette « culture du vestiaire », au sein duquel les blagues, pas toujours fines, fusent.  

Dans l’environnement du hockey sur glace masculin, assumer une orientation sexuelle queer (terme générique qui désigne les personnes dont l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ne correspond pas au modèle dominant hétérosexuel et cisgenre) demande du courage.  

« Je me suis demandé ce qui m’arrivait »

Romain Montandon, 23 ans, aujourd’hui défenseur à Bâle (Swiss League), s’est longtemps tu. 

En juin 2024, à quelques mois de reprendre la saison avec les Bellinzone Snakes (Swiss League), son ancien club, cet hockeyeur a entamé une relation avec Thibaud Flück, son ami actuel. Jusqu’à alors, il n’avait eu des relations qu’avec des femmes. 

« Je me suis demandé ce qui m’arrivait. C’était une grosse remise en question et pendant bien huit à neuf mois, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit », raconte-t-il.  

Au sein du club tessinois, personne ne l’a su. Le chemin vers l’acceptation a pris du temps, jusqu’à ce qu’il puisse trouver une orientation qui lui correspondait, à savoir la pansexualité (orientation sexuelle caractérisant les individus qui peuvent être attirés, sentimentalement ou sexuellement par un individu de n’importe quel genre). 

Fin mars 2025, le Chaux-de-Fonnier d’origine en a parlé à ses amis proches. Auprès de ses coéquipiers, à Bâle, il n’a pas eu besoin. Le bouche à oreille a fait son travail et la parole s’est libérée. 

« Tout est bien allé. Il y avait un vrai intérêt de la part de plein de joueurs », explique-t-il. 

Romain Montandon reste toutefois convaincu: « Il y a plein de hockeyeurs qui sont homosexuels depuis des années et qui ne vivent pas leur vie à 100% ». 

Deux réalités 

Dans le hockey féminin, en revanche, on ne parle pas de « tabou ». 

Pauline Menoud, 19 ans, hockeyeuse professionnelle à la Neuchâtel Hockey Academy (NHA), n’a jamais senti le besoin de faire un « coming-out » à proprement dit. 

Pauline Menoud sous les couleurs de la Neuchâtel Hockey Academy. Photo: MK Photographie.

À 16 ans, alors qu’elle jouait déjà à Neuchâtel, elle a parlé de son homosexualité à deux de ses plus proches coéquipières. Cela s’est fait « hyper naturellement ». 

« Nous sommes au moins trois ou quatre à être homosexuelles dans l’équipe. On est pas du tout gênées entre nous », explique-t-elle. « A l’inverse, dans le hockey masculin, afficher une orientation queer est souvent associé à une perte de virilité dans un sport qui véhicule des stéréotypes masculins ».

L’entraîneur, une ressource clé 

Pauline Menoud et Romain Montandon assument pleinement leur orientation sexuelle au sein de leurs équipes. Ils pensent que des mesures doivent être prises pour faciliter la prise de parole d’autres athlètes. En première ligne, les entraîneurs ont un rôle à jouer. 

« Personnellement, je me serais sentie à l’aise de parler à mon entraîneur. Mais ce n’est pas forcément la même réalité partout », note Pauline Menoud. 

« Dès l’âge de 12 ans, chez les garçons, on entend facilement dire « t’es un pédé ». Pour eux, c’est une insulte comme une autre »

Une coach d’une équipe U14

Romain Montandon peut en témoigner: « Au début de l’année, on avait un entraîneur peu ouvert au dialogue. C’était bonjour, au revoir. En revanche, en U20 (catégorie de jeu des moins de 20 ans), lorsque j’étais à Lugano, j’avais Luc Gianinazzi. Il était exceptionnel. Ça fait se sentir en confiance ».

Une coach d’une équipe U14 du canton de Neuchâtel, qui préfère rester anonyme, considère que l’entraîneur doit instaurer un climat favorable à la prise de parole, mais aussi rester attentif aux potentielles discrimination. 

« Dès l’âge de 12 ans, chez les garçons, on entend facilement dire « t’es un pédé ». « Pour eux, c’est une insulte comme une autre », observe-t-elle. « Souvent, dans un vestiaire masculin, personne ne connait l’orientation sexuelle de son coéquipier. Il faut trouver la limite et faire en sorte que la « culture du vestiaire » ne tourne pas à la discrimination ».

Les coach mental, l’absent des staffs 

Cette entraîneur est d’avis que de la « prévention » devrait commencer dès le plus jeune âge. 

Elle considère également que les clubs professionnels devraient engager des coaches mentaux ou des psychologues. Ces derniers soutiennent les athlètes de manière confidentielle sur le plan sportif et/ou personnel. 

Sur les sites officiels des 14 clubs de National League, seul Ambri-Piotta dispose de personnel qualifié. En Women’s League, seul Zoug et Fribourg sont concernés.  

« Dans le hockey suisse, nous sommes plus dans la réaction que dans l’anticipation », constate Olivier Calame, président du HC La Chaux-de-Fonds (HCC), en Swiss League. 

Comme nombre d’équipes, le HCC ne dispose pas de coach mental. Le club apporte une aide seulement si un joueur le demande. 

« Ça remonterait par le directeur sportif, qui a beaucoup de contacts avec les joueurs. Ensuite le Conseil d’administration serait informé et apporterait du soutien », explique Olivier Calame. 

Ce dirigeant ne nie pas l’existence d’un « tabou » qui empêche les athlètes de s’adresser directement au staff. 

« Aucun indice » 

La Fédération suisse de hockey sur glace, de son côté, rappelle que l’emploi de ces coachs relève « principalement de la responsabilité des clubs » et « salue toutes initiatives » de leur part.

Concernant l’inclusivité dans le hockey sur glace, particulièrement masculin, elle ajoute, en l’état actuel, n’avoir « aucun indice laissant penser qu’il y aurait un problème ».

« Dans le hockey suisse, nous sommes plus dans la réaction que dans l’anticipation » 

Olivier Calame, président du HC La Chaux-de-Fonds

« J’ai vraiment envie que les gens, y compris les athlètes, puissent vivre à fond. C’est trop dommage de gâcher du temps pour ça », s’émeut Romain Montandon. 

En disant cela, le hockeyeur bâlois pense à son ami, Thibaud Flück, qui a su très tôt qu’il était homosexuel. Il l’a caché jusqu’à l’âge de ses 20 ans, avant de l’annoncer à sa mère dans une lettre. Romain Montandon l’a lue. 

« Sur deux pages, il a résumé son adolescence, ou plutôt la vie qu’il n’avait pas eue. Les mots ne m’ont jamais paru aussi lourds », relate-t-il avec émotion.  

« Après cette lettre, son entourage l’a encore plus soutenu. Il faut oser faire le pas », insiste Romain Montandon. 

Par Jérémie Koch

Cet article est réalisé dans le cadre du cours « Atelier presse II », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM), de l’Université de Neuchâtel. 

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