Le piège sucré des sodas au maté 

Les boissons à base de maté ont envahi les rayons des grands distributeurs au cours des dernières années. Présentées comme des alternatives plus naturelles et saines aux sodas classiques, elles séduisent particulièrement les jeunes consommateurs. Mais derrière cette apparence, que contiennent réellement ces canettes?  

«Pendant mon Bachelor, on buvait tous les jours des sodas à base de maté», se souvient Alice Malherbe, étudiante à l’Université de Genève. Comme beaucoup, elle raconte que sa consommation a explosé lorsque les canettes El Tony sont apparues dans les rayons des supermarchés. Depuis, l’offre n’a cessé de s’élargir: Coop, Migros, Aldi ou encore Lidl proposent désormais leurs propres boissons à base de maté. Attirée par cette alternative qu’elle qualifie de plus «naturelle» en comparaison à d’autres sodas, la jeune femme a progressivement intégré ces boissons à son quotidien. Une perception en décalage avec la réalité nutritionnelle de ces produits.   

Le sucre omniprésent 

«En moyenne, un soda au maté comprend entre cinq et dix grammes de sucre ajouté, soit l’équivalent de quatre morceaux de sucre», explique Karen Guerdat, diététicienne en milieu hospitalier. Cela représente moins de la moitié de sucre présent dans une canette de Coca-Cola, à savoir 35 grammes pour 33 cl. Si l’on observe un certain écart à l’avantage du maté, la quantité de sucre présente dans ces sodas reste néanmoins importante. La spécialiste rappelle encore que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser 50 grammes de sucres par jour pour un adulte. «Si l’on consomme plusieurs autres produits sucrés au cours de la journée, ce seuil est vite atteint», prévient-elle.  

«D’un point de vue nutritionnel, les sodas à base de maté sont peut-être moins pires que d’autres mais ils restent sucrés. On ne va pas en boire en se disant qu’ils sont bons pour la santé.» Karen Guerdat, diététicienne en milieu hospitalier  

Un avis partagé par Juliette Ivanez, responsable alimentation à la Fédération romande des consommateurs. Elle souligne que les aliments trop riches en sucres ne sont pas forcément problématiques en eux-mêmes. Ils deviennent préoccupants parce qu’ils sont omniprésents dans notre quotidien, souvent cachés dans de nombreux produits et consommés tout au long de la journée. Pour autant, l’impact des sodas au maté dépend avant tout des habitudes de consommation. «Une boisson très riche en sucre n’aura pas le même effet si elle est consommée occasionnellement ou à raison de plusieurs canettes par jour», nuance l’experte. Et d’ajouter: «Comme souvent en nutrition, c’est la dose totale qui fait le poison.» 

Une alternative au café? 

La teneur en sucre n’est pas la seule chose dont il faut se méfier, souligne Karen Guerdat. Si le maté est à l’origine consommé en Amérique du Sud sous forme d’infusion dans une calebasse, il en va souvent autrement pour la fabrication des sodas. Loin de la tradition, certaines marques utilisent des extraits ou des concentrés de maté, se retrouvant parfois en dernière position dans la liste d’ingrédients. La teneur en maté varie ainsi beaucoup selon les marques.    

Il est également fréquent que de la caféine soit ajoutée, alors même qu’elle est naturellement présente dans la plante. Son apport peut ainsi rapidement grimper, sachant que la caféine est présente de manière équivalente entre une tasse de café et de maté. Un problème dans le cas où ces deux boissons seraient cumulées, selon Carolien Terink Unziker, responsable de l’unité Alimentation chez Unisanté. En effet, d’après les recommandations du centre, un adulte ne devrait pas dépasser l’équivalent de trois cafés par jour.  

Des bienfaits controversés 

Brûle-graisse, anti-oxydant ou encore amélioration de la concentration: nombreuses sont les croyances qui existent autour des vertus de la plante de maté. Pour Karen Guerdat, il s’agit uniquement d’un effet marketing. Selon elle, le maté apporte des vitamines intéressantes, mais elles se retrouvent en si petites quantités dans nos consommations qu’elles ne représentent pas un apport significatif pour constater des bienfaits sur la santé.  «Si l’on a des mauvaises habitudes alimentaires de manière générale, ce n’est pas le fait de boire une tasse de maté qui va corriger tout le reste, même en grande quantité», indique la spécialiste.

«Si l’on a des mauvaises habitudes alimentaires de manière générale, ce n’est pas le fait de boire une tasse de maté qui va corriger tout le reste, même en grande quantité.» Karen Guerdat, diététicienne en milieu hospitalier 

Un choix au cas par cas 

Finalement, toutes les boissons à base de maté ne se valent pas. Derrière une même appellation se cache en réalité une grande diversité de produits, dont la composition et la valeur nutritionnelle peuvent fortement varier. Certaines références se rapprochent de sodas classiques en termes de glucide, tandis que d’autres misent sur des recettes moins sucrées, voire sans sucre ajouté. Une hétérogénéité qui complique le choix pour les consommateurs, d’autant plus en l’absence d’indicateur comme le Nutri-Score.

Face à cette offre foisonnante, la Fédération romande des consommateurs invite à comparer les étiquettes au cas par cas. Certains producteurs, comme Grano Maté, tentent d’ailleurs de se démarquer en proposant des gammes avec ou sans sucre, revendiquant une teneur réduite par rapport aux sodas traditionnels. 

Toujours est-il que, pour les experts, l’essentiel demeure ailleurs: privilégier les boissons non sucrées lorsque c’est possible. Car si les sodas au maté ne sont pas particulièrement préoccupants en soi, leur image plus «saine» pourrait inciter à en boire davantage – avec, en fin de compte, les mêmes effets qu’un soda classique. 

Le maté, entre tradition et marketing


Le marketing des boissons à base de maté se distingue de celui des sodas traditionnels. Contrairement aux marques déjà bien installées, ces produits doivent encore séduire de nouveaux consommateurs, notamment à travers la distribution d’échantillons gratuits. Les fabricants misent également sur une image saine, grâce à certains emballages ou à des labels. «Si l’on prend la couleur verte d’un emballage de Puerto Mate, cela donne l’impression que c’est plus sain qu’un soda traditionnel», explique Olivier Furrer, professeur de marketing à l’Université de Fribourg. Les marques de sodas au maté jouent aussi sur leur identité visuelle, en multipliant les références à l’Amérique du Sud et à la tradition du maté. De cette manière, elles se démarquent des boissons classiques grâce à leur storytelling. «La calebasse sur la canette donne de la profondeur à la marque parce qu’elle raconte une histoire», souligne l’expert. 

Tassin Jiyana
Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours « Atelier presse II », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

Derniers articles de Actu