Les révoltes paysannes de 2024 ont résonné comme un cri de détresse de la part des agriculteurs suisses. Avec son film “être paysan.ne”, Frédéric Gonseth donne la parole aux visages des campagnes qui dénoncent des politiques ne valorisant plus le travail de la terre et le désamour croissant du public pour leur profession.
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Panneaux de villages à l’envers et défilés de tracteurs en pleine nuit, on se souvient de la colère des agriculteurs qui a fait l’actualité il y a deux ans. Le réalisateur lausannois Frédéric Gonseth en a tiré un film, sorti le 29 avril dernier. Entre pressions économiques, mentales et physiques, les travailleurs de la terre y expriment leur désarroi. Les réalités de leurs vies semblent de moins en moins comprises par le grand public et les décideurs politiques.
« La situation économique des agriculteurs est toujours plus précaire »
Né à Lausanne, le réalisateur vaudois n’a pas grandi avec la fibre paysanne. C’est surtout grâce à sa femme que Frédéric Gonseth s’imprègne de la campagne. “Je l’ai rencontrée à 28 ans et on a décidé d’aller vivre ensemble dans le village où elle avait vécu depuis une dizaine d’années déjà, à Brent, sur les hauts de Montreux. Après n’avoir connu que la ville, c’était la découverte du monde paysan.”
Ce même monde paysan à qui il a décidé de donner une voix, à la suite des événements de 2024, rapidement noyés dans le prolongement de la vie quotidienne. Depuis, pas grand-chose ne semble avoir changé. “La situation économique des agriculteurs est toujours plus précaire et ceux-ci sont de moins en moins nombreux et visibles”, explique le réalisateur.
Pour Frédéric Gonseth, la compréhension des agriculteurs diminue notamment en raison de la disparition croissante des travailleurs de la terre en Suisse. “Le fossé entre villes et campagnes se creuse minute par minute. Il faut être réaliste, alerte-t-il. Le nombre de paysans diminue constamment. Ils ne représentent plus que 2% de la population aujourd’hui. Automatiquement, les gens perdent ce contact génération après génération.”
“Je le vois à chaque avant-première du film, lorsque les opinions se confrontent. Lors d’une diffusion, un des agriculteurs du film a dit au public d’arrêter de parler de trouver une solution contre la mondialisation, de mettre la faute sur Trump, du réchauffement climatique, tous ces discours un peu “intello”. “C’est vous le problème”, leur a-t-il dit. “C’est vous qui avez la solution: achetez suisse, achetez local.”
Une volonté de réconciliation
Alors d’où vient le manque de considération que dénoncent une grande partie des agriculteurs? La politique suisse et son système de milice leur offrent pourtant une représentation importante dans les sphères décisionnelles.“Je n’accuserai pas les hauts fonctionnaires fédéraux de ne pas avoir de contact avec la réalité. Ce sont des gens qui ont des compétences agricoles d’une manière ou d’une autre, soutient Frédéric Gonseth.
Le problème de la politique agricole suisse, c’est que le monde paysan s’intègre dans les partis bourgeois. Ces partis veillent aux intérêts de l’économie suisse, qui doit rester en liaison avec le monde dans une optique néolibérale. L’issue est celle que l’on connaît, avec des produits sur nos étalages qui viennent de l’étranger et dont les prix défient toute concurrence indigène.”
Pour le réalisateur de 76 ans, la culture est une “petite solution” pour lutter contre cette perte de sens. “Ce film est l’incarnation du souhait de voir le fossé entre villes et campagnes se refermer. Et on a le grand honneur de constater que jusqu’ici, ça marche plutôt bien. On retrouve dans la même salle des paysans et des non paysans, et ils commencent un peu à se parler. Ils s’écoutent en tous cas. Ça, c’est un petit rêve.”
