À Genève, le Centre déplore la polarisation politique 

Jean-Marc Guinchard au Grand Conseil genevois, lors du renouvellement des sept membres du bureau du parlement, le 25 fevrier 2016. (Crédits : KEYSTONE/Martial Trezzini)

Le canton de Genève s’impose comme le champion incontesté des votations populaires. En cause ? L’incapacité récurrente des élus à trouver un terrain d’entente, ce qui les pousse à s’en remettre systématiquement à l’arbitrage des citoyens. Une polarisation croissante que déplore Jean-Marc Guinchard, député du Centre au Grand Conseil.

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Depuis l’an 2000, c’est à Genève que l’on vote le plus en Suisse. Le nombre de votations y a sensiblement augmenté ces dernières années. Une situation qui ne risque pas de s’inverser: en 2024, les Genevois ont approuvé une loi constitutionnelle visant à abaisser le nombre de signatures nécessaires pour les initiatives et les référendums. 

Certains y voient le reflet de la forte polarisation qui touche la politique genevoise. Jean-Marc Guinchard, député centriste au Parlement cantonal, relève effectivement un dialogue de plus en plus difficile. Il l’attribue en partie à la fragmentation du paysage politique, plus prononcée que dans le reste de la Suisse romande: « Dès le moment où vous avez sept partis représentés au Grand Conseil, trouver un accord est plus difficile. »

Le politicien parle même de polarisation affective : les membre d’un parti s’enferment alors dans leurs positions et rejettent presque automatiquement celles des autres. « Évidemment, la tension augmente », complète-t-il. 

Un climat tendu 

Le dialogue entre les différents partis genevois n’est toutefois pas totalement rompu : « Nous ne sommes pas des professionnels et nous nous croisons régulièrement lors de manifestations. Nous travaillons ensemble en commission, cela crée des liens », explique Jean-Marc Guinchard. 

Mais l’élu centriste reste « très inquiet » quant à la polarisation du canton. Les séances au Grand Conseil s’allongent, et le manque de consensus ralentit les travaux : « À Genève, tout prend toujours mille ans.” 

À l’origine de ces blocages, des accords fragiles. Ceux-ci étant conclus de manière informelle, il arrive qu’un parti ne « tienne pas parole et change son vote au dernier moment ». « Cela ne nous surprend plus », confie-t-il. Toutefois, le Centre étant le plus petit parti au Grand Conseil, il est “obligé” de devoir négocier avec les autres. 

En outre, la gauche dépose régulièrement des référendums, ce qui pose aussi problème. Selon Jean-Marc Guinchard, lorsqu’un projet plus libéral est déposé à Genève, l’opposition se mobilise. « La droite est beaucoup plus faible quand il s’agit d’aller récolter des signatures ou d’aller occuper des stands dans les rues », explique-t-il. 

Une situation qui exaspère le parlementaire: « La gauche nous rit parfois au nez en nous disant: ‘Vous pouvez voter ce que vous voulez, on sait qu’on va gagner les référendums.' »

Pour lui, la polarisation ne permet pas toujours des débats constructifs. Surtout, elle représente une « perte d’argent et de temps absolument monstrueuse alors même que certains sujets nécessitent une action rapide ». Le temps mis à négocier en séances parlementaires, ainsi que le nombre particulièrement élevé de votations – et les charges administratives qu’elles engendrent – constituent un certain fardeau pour le canton. 

Alliances tactiques 

Face à ce paysage politique clivé, le Centre et les Verts Libéraux ont noué une alliance au niveau communal, en 2025. Les deux partis partagent certaines valeurs. Ils arrivent à collaborer, même s’ils ne sont pas d’accord sur tout : « Il suffit de gommer les différences et puis d’essayer de mettre en exergue les points sur lesquels les partis peuvent s’entendre. » Une entente qui entend proposer une alternative à la polarisation. 

Pourtant, lors des élections cantonales de 2023, le Centre s’était allié à des partis plus extrêmes, comme l’UDC ou le MCG. Jean-Marc Guinchard explique que des « rapports de forces » peuvent les contraindre à former des coalitions en décalage avec leur idéologie. Lors des élections, le Centre s’est retrouvé dans une situation de dépendance vis-à-vis du PLR, qui souhaitait intégrer l’UDC à leur alliance historique. 

Pour maintenir son siège au Conseil d’Etat, le Centre a accepté cet accord, qu’il a toujours définie comme « ponctuel et tactique ». Ce rapprochement a été « très critiqué » par les partisans du Centre, mais il assure que ce genre de coalition ne reflète pas les objectifs à long terme du parti. 

Bien que le Centre dépende des alliances pour peser politiquement, Jean-Marc Guinchard précise que son parti est plus qu’un entre-deux des positions plus radicales. Le parti a ses propres valeurs, défendant une vision libérale dans une « société solidaire ». Un discours « équilibré » qui, selon lui, ne trouve pas toujours sa place dans l’espace médiatique. 

Par Emi Randin, Johanel Doppée et Alisson Shepherd
Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours « Atelier presse II », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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