Renens: les irréductibles de gauche

À Renens, la population locale reste ancrée à gauche en ayant élu 26 socialistes et 15 POP sur les 80 sièges à pourvoir au Conseil communal. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

À l’heure où la municipalité d’une ville multiculturelle comme Yverdon-les-Bains vire à droite, Renens reste fidèle à ses traditions électorales. Le berceau de la Fourmi rouge a encore désigné une municipalité 100% à gauche. Une tendance immuable dans la ville de l’ouest lausannois.

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En mars, lors des élections communales vaudoises, Yverdon a connu un basculement politique historique. Dans la deuxième ville du canton, la droite a pris l’avantage sur fond de débats sécuritaires, de tensions autour du deal de rue et d’un discours plus ferme sur l’immigration. Dans le sud du canton, Renens semble suivre une trajectoire opposée. La municipalité sortante, entièrement composée de partis de gauche, a été reconduite. Confirmant au passage une tradition politique profondément ancrée dans la cité.

La Fourmi rouge, ADN politique de Renens

Car à Renens, la gauche dépasse le simple cadre électoral. Ville ouvrière façonnée par les vagues migratoires successives, la commune cultive depuis des décennies une identité politique tournée vers le social. La Fourmi rouge, mouvement historique lié à la gauche radicale propre à la ville, reste aujourd’hui encore un symbole de cette culture politique particulière.

“Renens restera probablement un bastion de gauche, car l’identité même de la ville se base sur cette idéologie de rassemblement”, estime Alessandro Manusia, conseiller communal socialiste élu cette année. Pour le jeune élu, la multiculturalité renanaise joue un rôle central dans cette stabilité politique. “Ayant grandi avec ces différences culturelles, nous développons une force qu’on ne trouve pas forcément ailleurs.”

Avec 51% de résidents étrangers et plus d’une centaine de nationalités représentées, Renens figure parmi les communes les plus multiculturelles du pays. Un profil socio-démographique qui pourrait pourtant, comme à Yverdon, favoriser une poussée des partis sécuritaires ou conservateurs. Mais ici, la diversité semble au contraire renforcer une culture politique de gauche.

Une gauche solide, mais en mutation

Cette tradition sociale n’empêche toutefois pas certaines évolutions. Lors des dernières années, le PLR a progressé et attiré plusieurs jeunes adhérents. Alessandro Manusia reconnaît lui-même une transformation progressive de la ville: “Avec la gentrification et l’arrivée de populations aux revenus plus élevés, il y aura peut-être une évolution vers une droite plus économique.” Pas de quoi remettre en cause, selon lui, l’ADN politique renanais. “Je ne pense pas qu’on se rapprochera d’une droite conservatrice.”

Dans les débats du Conseil communal, la polarisation reste bien présente. “La droite a parfois de la peine à exprimer ses idées”, admet le socialiste, tout en estimant que Renens demeure “un des bastions de gauche de l’ouest lausannois”. Mais selon lui, la droite renanaise s’en accommode. “Je pense qu’il y a une forme d’acceptation, parce qu’il y a aussi un fondement sociétal qui fait que c’est difficile peut-être pour ces gens d’acquérir des adhérents”.

Alors que la Suisse voit, elle aussi, progresser les discours plus clivants, notamment sur les questions migratoires ou sécuritaires, Renens apparaît presque comme une anomalie politique. Une ville où la multiculturalité et le vote de gauche continuent d’aller de pair. Reste à savoir si cette exception résistera encore longtemps aux mutations démographiques et économiques qui touchent progressivement l’ensemble de l’ouest lausannois.

Par Louis Magada et Etienne Di Lello
Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours « Atelier presse II », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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