Critères flous, délais sans fin: dans le canton de Vaud, l’accès aux bourses d’études reste semé d’embûches, dans un contexte économique de plus en plus tendu pour les étudiants. Mais face à un système qui laisse souvent sans repères, des dispositifs d’accompagnement existent, et peuvent faire la différence.
Jusqu’à 1500 francs de plus par an : c’est ce que les étudiants suisses pourraient bientôt devoir ajouter à leurs taxes universitaires. Le plan d’allègement du Conseil Fédéral prévoit de largement réduire les budgets alloués aux hautes études. 1,4 milliards de coupes sont déjà prévues pour la rentrée 2027. Des conditions particulières qui s’ajoutent à une hausse des coûts de la vie en Suisse d’environ 10% ces cinq dernières années. Résultat : 36% des étudiants déclarent rencontrer des difficultés financières importantes, selon une enquête de l’Office fédéral de la statistique révélée en novembre 2025. Une tendance nationale qui se reflète aussi dans le canton de Vaud, où l’accès aux bourses reste particulièrement complexe.
Pour Tristan Robert, co-secrétaire général de l’Union des étudiants de Suisse (UNES), le constat est sans appel: «les bourses et l’adaptation de leur montant à ces nouvelles hausses sont plus nécessaires que jamais.» Nécessaires, oui, mais encore faut-il pouvoir y accéder.
Des critères qui interrogent
Dans les faits, certains étudiants se retrouvent démunis face au flou qui entoure les attributions de bourses. À 25 ans, Leslie, originaire des Diablerets, est étudiante en deuxième année de Bachelor à la HEP et mère d’un enfant. Elle explique être tombée des nues lorsqu’elle a appris qu’elle ne toucherait aucune aide en raison de la fortune de son beau-père : « Je n’en revenais pas. Je ne le côtoie plus depuis des années. Je ne savais pas que la fortune de la belle-famille pouvait avoir une incidence sur une attribution de bourse. »
« Je n’ai eu aucune réponse avant plusieurs semaines alors que les factures continuaient à s’accumuler »
À cette opacité s’ajoutent des délais de réponse parfois longs, sans garantie d’attribution. Maé, 23 ans et étudiante en première année de master dans une univer a attendu sept mois pour finalement essuyer un refus : «J’ai attendu des mois, pour qu’on me refuse finalement ma bourse. J’ai ressenti tellement de colère. Rester aussi longtemps dans l’inconnu pour au final obtenir une réponse négative, c’est injuste.»
Une situation qui ne fait pas exception. Jayson, 27 ans, domicilié à Aigle, a obtenu sa bourse après plus d’un an d’attente, dans le cadre de son bachelor à la HEIG-VD à Yverdon-les-Bains: «Chaque semaine, je devais relancer pour savoir où ça en était. Toutes ces démarches, en plus de mes études, ça a fini par avoir un impact important sur mes notes. » Il explique qu’au-delà des conséquences sur son cursus, c’est sa santé mentale qui a été affectée : «On n’a aucune réponse avant plusieurs semaines, pour qu’en plus elles soient souvent incomplètes. En même temps, on voit les factures s’accumuler, on ne sait plus comment boucler les fins de mois.»
Un accompagnement trop peu visible
Face à ces démarches complexes, un sentiment de solitude domine. Tous les étudiants interrogés disent avoir manqué d’accompagnement. Pour Maé, avancer dans ce processus sans aide s’est approché du parcours du combattant: «Je n’avais pas connaissance de mes droits, ni des recours que je pouvais effectuer». Des éléments dont la connaissance ne va pas de soi, tout comme celle des exigences administratives. Délais à respecter, documents à fournir et procédures à suivre, autant d’éléments dont la mauvaise compréhension peut suffire à faire échouer une demande.
Un manque d’information d’autant plus marqué que des structures d’accompagnement existent, mais restent encore largement méconnues des étudiants. Afin de remédier à ce problème, Tristan Robert propose au canton de Vaud de jeter un œil chez ses voisins: «Pour prendre une bonne pratique, Genève fait une campagne d’information proactive dans le but de sensibiliser les étudiants aux possibilités d’accompagnement. Une bonne manière de favoriser l’égalité des chances.»
Des aides qui restent hors de portée
Mais rendre ces dispositifs plus visibles ne suffirait pas à lever tous les obstacles. À Lausanne, une permanence juridique proposant un service de recours aux bourses constate elle-même le faible nombre de sollicitations. Phénomène qu’une des juristes du cabinet explique par un constat récurrent : «Les jeunes recevant une décision de refus ignorent souvent leurs droits et n’ont pas les ressources, ni financières ni en énergie, pour ne serait-ce que faire examiner le bien-fondé d’une décision de refus par un avocat, où la consultation de trente minutes avoisine les 60.-»
Si ces aspects peuvent rendre les sollicitations d’aide intimidantes, certaines associations s’engagent à accompagner les étudiants gratuitement. Jet Service Vaud en fait partie : travailleurs sociaux et juristes y suivent les étudiants, de la constitution du dossier jusqu’à la compréhension des décisions rendues, en passant par la défense de leurs droits en cas de recours. Un accompagnement qui ne résout pas tout, mais qui permet à certains étudiants de ne plus avancer seuls dans un système qui, souvent, semble les laisser sans boussole.
Fanny Cruchon, chargée de projet chez Jet Service, explique qu’au-delà des aides individuelles, les revendications sont aussi menées sur le plan politique: «Nous rencontrons régulièrement des représentants de la Direction générale de la cohésion nationale DGCS pour faire remonter les problématiques du terrain et adapter les dispositifs aux réalités observées, qui ne correspondent pas toujours aux effets attendus lors de la mise en œuvre de la loi.»
Si ces échanges laissent entrevoir des évolutions possibles, ils soulignent aussi l’ampleur des ajustements encore nécessaires. Pour les étudiants concernés, comme pour les acteurs de terrain, une chose est claire : mieux informer, mieux accompagner, mais aussi adapter les critères aux réalités vécues pourraient constituer un premier pas vers un système plus accessible.
Malgré sept tentatives de contact effectuées sur différents jours, l’Office cantonal des bourses d’études et d’apprentissage n’a pas pu être joint. Les appels ont systématiquement abouti à un message signalant un volume d’appels trop élevé et notre sollicitation par email est restée sans réponse.
