Rencontre dans une « petite cité urbaine à la campagne » avec Catherine Erba. Maire socialiste de Saignelégier (JU), elle incarne un contre-exemple du stéréotype conservateur des communes rurales. Une réalité qui montre qu’un clivage n’est pas systématique.
Le cliché veut que les campagnes soient plus conservatrices que les villes. Pourtant, de nombreuses communes rurales votent majoritairement à gauche et comptent sur des représentants politiques progressistes. C’est par exemple le cas aux Franches-Montagnes dans le canton du Jura, où Catherine Erba est la première citoyenne de Saignelégier. La socialiste nuance l’image paysanne de sa bourgade en la définissant comme une « petite cité urbaine à la campagne », bénéficiant de tous les services nécessaires. Si sa réalité géographique en fait une commune rurale, « son statut de chef-lieu de district la positionne plus en zone urbaine », explique la maire.
Catherine Erba a grandi dans le Jura bernois, avant de s’installer aux Franches-Montagnes avec son mari il y a 50 ans. Malgré une enfance dans une contrée plutôt rurale, elle développe rapidement des idées socialistes. Très attachée à sa région, elle trouve sa vocation dans l’enseignement, avant de mettre un premier pied dans le monde politique au Conseil communal de Saignelégier. Elle se fait progressivement une place jusqu’à devenir la première femme à occuper la mairie taignonne, avec la volonté de toujours rester attentive aux préoccupations des 2’500 habitants.
Une campagne ancrée à gauche
Depuis une trentaine d’années, des maires à tendance socialiste se succèdent à Saignelégier. Une continuité qui s’explique par des « partis de gauche fortement structurés et actifs dans les plus grandes localités », selon Catherine Erba. Le reste des Franches-Montagnes et ses petites communes rurales ne font toutefois pas exception. Bien que les maires n’affichent pour la plupart pas d’étiquette partisane, les résultats de votation montrent une tendance à gauche, malgré une population liée au monde agricole.
« La gauche est très présente dans l’animation locale avec quelques fortes personnalités régionales auxquelles la population peut s’identifier », justifie Catherine Erba. On peut notamment citer la dernière présidente du Parlement jurassien, la Verte Pauline Godat, ainsi que la conseillère fédérale socialiste Elisabeth Baume-Schneider, toutes deux originaires de la région.
« La gauche est très présente dans l’animation locale avec quelques fortes personnalités.«
Catherine Erba, maire de Saignelégier
Le district taignon présente néanmoins une différence assez marquée avec l’Ajoie, où l’électorat se situe en moyenne plus à droite, dans un paysage politique « fortement imprégné par le PDC (devenu Le Centre) et le PLR ». « La gauche et le PS ont tardé à trouver une place. Ils n’avaient pas d’antenne locale dans les petites localités », constate la maire de Saignelégier pour expliquer cette divergence.
Un clivage peu marqué
Catherine Erba reconnaît la tendance des zones de campagne à voter davantage à droite. « L’UDC descend du Parti paysans, artisans et bourgeois, ce qui explique son électorat fortement rural », remarque-t-elle. La maire souligne également que les villes parviennent souvent mieux à rassembler à gauche, parce qu’il y est « plus aisé de mobiliser des énergies militantes ». Une réalité qui explique aussi l’absence fréquente d’étiquette partisane dans les mairies voisines.
L’ancienne enseignante estime que ces tendances sont bien plus marquées en Suisse alémanique : « Dans le Jura, et en particulier dans les Franches-Montagnes, il n’y a pas de grand clivage politique entre les pôles et les localités périphériques. » Catherine Erba, qui a déjà annoncé que son mandat de maire serait « le dernier défi de sa carrière », se montre confiante quant à la cohésion ville-campagne dans sa région, bien qu’elle reconnaisse des tensions plus visibles à l’échelle nationale.
Par Corentin Rais & Eden Alves
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Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours « Atelier presse II », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.
