Comptable à temps partiel et thérapeute en énergie à Colombier, Murielle Faugère partage son temps entre bilans financiers et séances de soin. Elle raconte son chemin, parsemé d’intuitions et de rencontres, vers les énergies. Elle l’assume aujourd’hui pleinement, malgré les doutes et les amis perdus en route.
Ce jour-là, dit-elle, «j’ai commencé à voir un film». Dans la lumière tamisée de son cabinet où la chaleur enveloppe les épaules et une odeur d’encens prend rapidement au nez, Murielle Faugère relate avec un éclat particulier dans les yeux. Elle parle vite, avec cette urgence de ceux qui revivent plus qu’ils ne racontent : «J’ai eu une annulation, alors j’ai dit à cette femme de venir.» La thérapeute en énergie se souvient d’une scène où elle a été à la fois actrice et spectatrice. Elle pose ses mains sur sa patiente. Puis, sans prévenir, un décor surgit dans sa tête. Un parc, un banc, un homme qui tend une rose à une fillette. Une scène parfaite, comme un script de cinéma oublié dans un tiroir.
« C’est là qu’elle m’a dit que c’était son papa.»
Murielle dit avoir senti le bonheur de l’enfant. Elle raconte avec une sincérité désarmante, qui laisse peu de place au doute, mais qui, pour un regard extérieur, déplace les frontières du réel.
Elle évoque la fin de la séance et son regard glisse vers le plafond, ému: «Je lui ai raconté ce que j’avais vu. C’est là qu’elle m’a dit que c’était son papa».
Dans sa bouche, l’expérience n’a rien de miraculeux. Elle est tangible, ou presque. Mais pour le novice, elle interroge inévitablement les croyances.
Une vie marquée par la sensibilité
En une décennie de pratique, Murielle Faugère a vu d’autres scènes qui ne lui appartenaient pas. Pour elle, ces images la traversent et arrivent sans prévenir, parfois silencieuses, parfois dures
Depuis petite, elle est sensible. Longtemps, elle a tenté d’étouffer cette manière d’être, de peur de déranger: «Je pleurais pour pleins de petites choses. Je voyais que j’énervais mes parents». La phrase est soulignée d’une mélancolie discrète, comme un reste de ses souvenirs d’enfance.
Ce qu’elle avait muré, elle le retrouve quelques années plus tard, chez son premier fils, sensible. Puis le deuxième est arrivé, avec des problèmes de santé et des prescriptions d’antibiotiques. Alors, elle a le déclic: «Je suis allée voir un homéopathe, il a soigné tous mes enfants. Depuis ce jour-là, il y a plus de 15 ans, on n’a plus eu besoin d’aller chez le médecin généraliste, ni de prendre un médicament».
De là, une vocation naît: «L’homéopathe me disait que j’étais douée pour ça». Murielle aurait voulu reprendre le cabinet, et plonger dans ces études longues et rigoureuses. Mais pour elle, il était trop complexe de combiner un troisième enfant avec des études. Alors elle cherche ailleurs, d’autres formations, d’autres chemins de soin.
Pour elle, c’est là que sa vie prend un nouveau tracé, plus aligné avec ce qu’elle avait toujours essayé de contenir. Un point de bascule qu’elle n’a jamais dû remettre en question.
Une rencontre dans les pages de l’Illustré
Une impulsion supplémentaire était encore nécessaire. Celle-ci porte le nom d’«Hannes Jacob». L’homme a notamment fondé Fréquence, une école de guérisseurs et développé la méthode EPI, « Extraction of PathologicalInformation», qui fait disparaître, ou atténue certaines pathologies, comme les allergies. Pour Murielle, il est «assez incroyable».
Elle raconte leur première rencontre, non pas dans une salle de cours, mais dans un magazine: «J’attendais dans une salle d’attente quand je suis tombée sur un article sur lui. Il parlait de ce qu’il fait et de l’école Fréquence. Dès que je suis rentrée chez moi, je me suis inscrite».
Pour elle, c’est comme un signe: «Ma vie fonctionne comme ça, quand il y a quelque chose qui arrive devant moi, je le fais». À partir de là, Murielle enchaîne les formations au sein de l’école, notamment autour de cette fameuse méthode EPI.
Un parcours sous le regard des autres
Un moment dans le récit, une question et la voix de Murielle Faugère perd subtilement de sa lumière. Elle évoque ceux dont elle s’est éloignée. Des amis qui «se foutaient un peu» d’elle quand Murielle parle de son autre vie, celle qui commence une fois que la porte de son cabinet se referme. Car en parallèle, elle est comptable dans un fiduciaire. Un métier carré, qui lui permet de garder un ancrage, très loin de l’intangible qu’elle explore ensuite. Dans sa famille proche, certains sont également sceptiques : «Ma belle-maman, par exemple, me dit que de toute façon, ce n’est pas possible de parler avec les morts.»
La thérapeute n’en veut à personne, elle parle d’un tri «naturel», presque doux. «J’avais l’impression d’être là, un peu potiche, alors que je vivais des choses hyper profondes avec mes autres amis des cours». Elle évoque un séjour près de Londres, dans un manoir à la Harry Potter où se mêlent médiumnité, guérison et chamanisme : «On était déjà une centaine le premier jour et c’est comme si on se connaissait déjà tous. Quand on vit ça, c’est vrai que la réalité est un peu plus difficile».
Malgré la place qu’occupent les énergies dans sa vie, Murielle n’est pas en rupture avec la médecine traditionnelle : «Je trouve qu’on devrait travailler en parallèle» dépose-t-elle calmement comme une évidence. «Je ne vais jamais dire à quelqu’un qui a un cancer d’arrêter la chimiothérapie, jamais». Mais, selon elle, le soin énergétique peut atténuer les effets secondaires d’un tel traitement, en douceur.
« Je ne vais jamais dire à quelqu’un qui a un cancer d’arrêter la chimiothérapie, jamais. »
La porte se referme sans bruit quand elle quitte le cabinet. Elle éteint minutieusement les bougies qui donnent une ambiance mystique à l’entrée.
Son chien, la rejoint, queue battante, rappel vivant de ce qui l’ancre dans le sol. Entre l’invisible qu’elle ressent et ce chien qui réclame simplement une promenade, elle chemine, quelque part entre les deux mondes, sans renoncer à aucun.
Par Ella Charrère
Cet article a été réalisé pour le cours « Atelier presse I », dans le cadre du Master en journalisme et communication de l’Université de Neuchâtel.
