Malgré l’interdiction, les smartphones n’ont pas disparu à l’école

Il suffit d'observer les élèves durant les pauses pour apercevoir des smartphones dans leurs mains. (Photo: Keystone)

Par sa directive du 14 août 2025, le canton de Neuchâtel voulait interdire l’usage des smartphones dans toutes les écoles du canton dès la rentrée. Un semestre s’est écoulé depuis, avec une réalité qui semble moins claire. Les téléphones portables sont encore bien présents.

«Durant les cours, les récréations, les périodes blanches et les activités scolaires hors-cadre, les élèves éteignent leurs équipements numériques privés et les rangent dans leurs affaires personnelles, de manière que ceux-ci ne soient ni visibles ni utilisables », voici ce que prévoit à son article 4 la directive cantonale sur l’usage des équipements numériques privés dans la scolarité obligatoire. Si tel en est l’objectif premier, il semble avoir manqué sa cible. Il suffit de traverser la cour du collège de Longueville, à Colombier, pour apercevoir une vingtaine de smartphones dans les mains des collégiens. Comment l’expliquer?

Pareil qu’avant

«Dans la pratique, il n’y a presque aucun changement, puisque les écoles avaient déjà pris des mesures à l’interne. En résumé, il y a eu un défaut de communication du canton qui s’est montré un peu populiste avec cette annonce. Interdire totalement les téléphones ne serait d’ailleurs pas souhaitable. On voudrait plutôt faire davantage de prévention», résume Pierre-Alain Porret, président du syndicat des enseignants neuchâtelois.

Il faut savoir que cette nouvelle directive prévoit des exceptions à l’usage du téléphone, pour des raisons pédagogiques. Les élèves sont notamment autorisés à l’utiliser pour apprendre leur vocabulaire ou créer des mini films. C’est d’ailleurs un motif qu’ils évoquent s’ils sont surpris téléphone à la main. «Ce n’est pas plus difficile qu’avant d’utiliser les natels, ils sont toujours dans nos poches. Si jamais un prof nous voit avec, il suffit de dire qu’on répétait», explique un groupe d’élèves pendant la récréation.

« Ce n’est pas plus difficile qu’avant d’utiliser les natels, ils sont toujours dans nos poches. » 

Un élève

«La principale erreur de cette mesure est de vouloir se cacher derrière un effet d’annonce. Interdire l’usage des téléphones, c’est simplement impossible. C’est cacher la poussière sous le tapis. Il faudrait des mesures de prévention sur le plan fédéral. En mettant des ressources et des experts autour de la table, on peut éduquer sur l’usage des réseaux sociaux pour que les bons comportements soient adoptés», poursuit Pierre-Alain Porret.

Le Jura plus sévère 

Contrairement à d’autres cantons, les autorités neuchâteloises n’ont pas défini de sanctions strictes et uniformes en cas de non-respect des directives. Au Jura, par exemple, une confiscation de l’objet allant jusqu’à quatre jours est prévue. Si on en croit la co-directrice de l’école secondaire du Val Terbi, dans la vallée de Delémont, la mesure semble très dissuasive. «On ne voit plus les téléphones dans les couloirs ou dans la cour. Les élèves se sont remis à discuter et à faire des jeux. C’était particulièrement frappant durant le camp de ski cet hiver», évoque Isabelle Aubry Eschmann. Il faut dire que les élèves jurassiens n’ont pas la possibilité de se cacher derrière l’excuse d’un usage pédagogique de leur téléphone personnel, puisque ce sont directement les écoles qui fournissent des appareils si besoin.

Ce n’est pas le cas à Neuchâtel, où l’usage privé reste autorisé, tandis que la saisie ne peut pas dépasser la demi-journée. Les enseignants constatent par ailleurs un relâchement de la part des élèves. «On n’ose pas confisquer le téléphone pour des raisons de protection des données. On ne sait pas ce qui se passe aux toilettes ou à l’abri des regards pendant les pauses. Et l’élève a toujours le droit d’utiliser son portable pour des activités pédagogiques. En somme, on essaye d’en limiter l’usage, mais dire qu’on peut l’interdire, c’est exagéré», explique Alexandre Correa, directeur du cycle 3 à Longueville.

« On essaye d’en limiter l’usage, mais dire qu’on peut l’interdire, c’est exagéré. » 

Alexandre Correa, directeur du cycle 3 à Longueville

Le signal est clair  

Les parents semblent quant à eux favorables à une interdiction stricte. C’est en tout cas ce que révèle un questionnaire que nous avons remis aux parents d’élèves par l’entremise de Sabine Jacot, présidente de l’Association des parents d’élèves de la ville de Neuchâtel. Parmi les 22 répondants, 15 se disent tout à fait favorables à ces mesures. «Le smartphone est une source de distraction permanente qui fragmente l’attention. L’école devrait rester un espace préservé où les enfants apprennent à se concentrer, à s’ennuyer de manière productive et à interagir en face à face», argumente l’un d’entre eux.

Malgré les annonces, il semble que la volonté du canton de Neuchâtel soit de garder une ligne plutôt souple. L’adoption de cette directive ne vise pas à changer fondamentalement les pratiques, mais à harmoniser celles déjà en vigueur dans les différentes écoles, ce que nous confirment les autorités. «Notre approche est réaliste, on sait que l’élève a besoin de son téléphone pour payer, prendre le bus et communiquer. Il s’agit aussi de les préparer au monde du travail. Ce n’est pas parce qu’on a son téléphone sur soi, qu’il faut le sortir toutes les trois secondes. Apprendre ces comportements-là ne passe pas par une interdiction pure et dure », explique Serge Ramel, chef du Service de l’enseignement obligatoire.

Si certains cantons optent pour la restriction, d’autres privilégient la responsabilisation, tous tentent à leur manière de répondre aux défis posés par les smartphones. Mais au-delà des directives, c’est bien la capacité de l’école à faire face à un enjeu sociétal plus large qui est mise à l’épreuve.

Par Nicolas Voisard 

Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours « Atelier presse II », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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