Pascal Prince a débuté sa carrière politique au centre-gauche, avant de suivre un parcours sinueux qui le place aujourd’hui, aux yeux de beaucoup, à l’extrême droite. Ses positions anti-immigration, son soutien à Donald Trump et ses idées complotistes font de lui un personnage controversé auprès des Jurassiens.
« Vous devez me prendre pour un clown si vous avez décidé de m’interviewer ». C’est l’image que Pascal Prince pense renvoyer après son résultat lors des récentes élections au Gouvernement jurassien. L’image stéréotypée d’un politicien serait celle d’un homme en costard, mais Pascal Prince veut « sortir des cases ». Il arrive au lieu de rendez-vous détendu et habillé simplement d’un polo et d’un jeans, comme monsieur tout le monde. L’homme de 56 ans reconnaît sa déception d’avoir terminé dernier sur 18 candidats. Il déclare qu’il était « assez fou pour y croire », en glissant au passage son envie de se représenter dès que possible. Derrière le sourire détendu, on devine un homme marqué par ses convictions, en colère contre la société.
L’origine d’un besoin de liberté
Enfant des années 70, Pascal Prince a fait partie de la secte « Jean-Michel et son équipe », un mouvement évangélique aux agissements troubles, dont le fondateur a été condamné pour escroquerie à la charité. Il explique en être sorti à l’âge de 23 ans grâce à son amour pour le Jura et son désir d’indépendance qui étaient incompatibles avec les pensées de la communauté. Cette période a ancré en lui une méfiance profonde envers toute forme d’autorité et de croyances. C’est de là que lui vient son attachement viscéral à une « liberté absolue ». Pascal Prince s’est intéressé jeune à la politique avec son engagement au sein du groupe Bélier, un collectif de séparatistes jurassiens né à l’époque où la région était encore bernoise. Mais lui voudrait aller encore plus loin, jusqu’à créer un pays indépendant de la Suisse.
Un engagement à contre-courant
Le Jurassien a poursuivi son engagement politique sous l’étiquette du Parti chrétien-social indépendant, situé au centre-gauche du spectre politique. Il a décroché une place au Conseil de ville de Delémont, avant d’être élu député au Parlement jurassien dans les années 2000. À l’époque déjà, il lui arrivait de se positionner contre les idées de son parti. Ses collègues lui demandaient ouvertement de «ne pas leur faire honte», lorsqu’il s’agissait de prendre une décision collective. Depuis, Pascal Prince a abandonné l’idée de trouver un parti traditionnel qui lui correspond. Après avoir lancé sans succès ses propres mouvements, il rejoint HelvEthica, un parti qui se bat pour la garantie des droits fondamentaux et qui rejette les clivages traditionnels gauche-droite. Le cinquantenaire dit s’y sentir libre de présenter ses idées de manière indépendante. Il propose des mesures anti-immigration, des réductions, voire des suppressions d’impôts et s’offusque de la gestion de la crise du Covid-19 et de son vaccin.
Un changement de vision atypique
Pascal Prince explique toutefois ne pas avoir changé, au contraire de la société et des étrangers qu’elle accueille. Son regard s’est affermi à travers son expérience quotidienne de contrôleur CFF et il estime aujourd’hui être un « esprit éveillé ». « Certains refusent de montrer leur billet à des collègues uniquement parce qu’elles sont des femmes », s’offusque le Jurassien. « Avant, les étrangers étaient de vrais réfugiés et ils respectaient les valeurs suisses. Aujourd’hui, ils viennent pour profiter du système et veulent faire la loi », dénonce celui qui se présente comme un « mileïste libertarien », en référence au président argentin Javier Milei. Pascal Prince se bat pour une plus grande responsabilité individuelle et veut limiter au maximum l’intervention « d’un État qui se prend pour Dieu » et qui a la volonté « d’emmerder le système avec des mesures toujours plus restrictives ».
L’extrême droite, non merci ; le complotisme, oui
Pascal Prince n’aime cependant pas qu’on le situe à l’extrême droite et se considère plutôt comme « un politicien d’extrême réalité ». Ses diverses idées pourraient être situées d’un côté à l’autre du spectre politique en fonction du sujet. Il se mobilise par exemple pour les droits de la communauté LGBT+ et se dit grand défenseur de l’égalité hommes-femmes. « C’est mon côté gauchiste », sourit celui qui a repris le nom de sa femme lors de son premier mariage. Une pratique inhabituelle à l’époque, qu’il justifie par sa volonté de faire évoluer les mentalités, mais aussi, il avoue, par le désir de porter un nom jurassien.
« Je suis un politicien d’extrême réalité. »
Pascal Prince
Pourtant, Pascal Prince fait parler de lui pour ses opinions pro-Donald Trump et ses prises de position polémiques. Selon lui, les informations qui arrivent dans nos régions depuis les États-Unis sont biaisées parce que les trumpistes sont considérés comme des complotistes. Pascal Prince ne rejette pas ce qualificatif. Pour lui, croire à certains complots est une façon de « rester dans la réalité ».
Indépendance face aux institutions
L’homme de 56 ans se dit antisystème et se range derrière des politiciens controversés. Il admet volontiers soutenir Martial Courtet et admirer Pierre Maudet, des « personnes qui ont persévéré contre le système », alors qu’elles ont été mises en retrait par leur parti.
Fidèle à son besoin d’indépendance, Pascal Prince incarne à sa manière cette frange de la société qui ne se reconnait plus dans les institutions. Il veut poursuivre sa route loin des partis traditionnels et des étiquettes. Ses prises de position lui valent des critiques, mais elles nourrissent aussi sa conviction d’être resté fidèle à lui-même, quitte à se retrouver prisonnier de sa propre idée de liberté.
