Les salles de fitness ouvertes en continu se multiplient en Suisse. Entre horaires irréguliers, obligations familiales, ou recherche de tranquillité, plusieurs raisons poussent les amateurs de sport à se rendre dans ces clubs au cœur de la nuit.
Une combinaison unique de huit chiffres, à composer sur un digicode situé devant l’entrée, déverrouille une première porte. Puis, un lecteur d’empreinte dernier cri permet d’ouvrir un second portail. Nous y sommes. Non pas dans un laboratoire secret, comme pourraient laisser penser ces dispositifs de sécurité, mais dans une salle de fitness accessible 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Il est mardi, 23 heures passées de quelques minutes. Pourtant, les lumières automatiques du club NonStop Gym de Bussigny ne sont pas près de s’éteindre. Si le vestiaire paraît un peu vide, quelques habits seulement jonchant les bancs, la sueur, elle, coule encore sur le front de plusieurs sportifs s’affairant entre les deux étages de cette salle de l’agglomération lausannoise.
Elle est l’une des 43 succursales que totalise l’enseigne, lancée en 2014 et pionnière en Suisse du concept de fitness en continu. Trois ans après sa genèse, NonStop comptait six clubs entre Genève et Lausanne. Aujourd’hui, ce chiffre a été multiplié par sept. Une évolution impressionnante pour un nouvel acteur qui répond au besoin bien précis d’une minorité invisible. Entre horaires de travail décalés, vie de famille, ou volonté de tranquillité, les motivations de ces sportifs de minuit sont nombreuses.

« C’est mieux que de regarder des séries »
À l’intérieur, le rez-de-chaussée, consacré aux vélos elliptiques et aux tapis de course, est délaissé. Il faut se rendre au premier étage, celui des poids libres et des machines de musculation, pour trouver une quinzaine de pratiquants. Jérôme et Pamela, 31 et 29 ans, se chamaillent gentiment entre deux séries. Le couple a la chance d’avoir les mêmes horaires irréguliers. Lui est technicien de maintenance, elle travaille dans la restauration. « On termine tous les deux à 22h. C’est le meilleur moment pour venir ici. On est plus tranquille et il est plus facile d’utiliser les machines. » Se rendre au fitness à deux est aussi une motivation bienvenue, à l’heure où il est parfois tentant d’esquiver sa séance. « C’est mieux que de passer sa soirée à regarder des séries », rigole Jérôme.
Entre défouloir et exutoire, la nuit déchaîne les forces
À quelques pas, un bruit sourd fait presque trembler la salle. Philippe, au banc de développé couché, lâche ses lourds haltères après une série éreintante. Ce paysagiste de 32 ans exerce un métier manuel, et pourtant il s’entraîne cinq fois par semaine, toujours tard le soir. « Je viens après avoir couché mes enfants. Ça fait des années que je le fais. De temps en temps, je suis un peu fatigué au travail, mais ça s’améliore avec l’habitude. »

Concilier sport, vie de famille, et travail, c’est aussi l’équation que doit résoudre Christian, électricien de 20 ans. « J’aime avoir un moment tranquille pour moi après ma journée. Ça me permet d’être à 100% concentré sur ma séance. Il n’est pas non plus facile d’allier pratique du sport et famille. C’est aussi pour ça que je viens plus tard. Ma mère aimerait me voir un peu plus à la maison! », pouffe le jeune homme.
Comme Philippe, Christian doit gérer la fatigue qui incombe à son métier manuel. Une tâche qui ne s’avère pas toujours évidente. « Il y a des jours plus durs que d’autres, selon l’intensité de la séance de la veille. Il est important de garder un sommeil de qualité et une bonne alimentation pour bien récupérer. » Pourtant, ce sport est pour lui une nécessité. « Mes entraînements me permettent de décompresser, de me vider la tête. C’est un moment relaxant, ce qui est plutôt paradoxal étant donné que je me tue à soulever des poids! »
« Aux heures de pointe, on ne peut pas s’entraîner correctement »
Un avis que partage toutefois Arlindo, entre deux conseils prodigués à ses collègues de travail, avec qui il s’entraîne. Ce facteur de 41 ans a trouvé dans le fitness son exutoire. « Je suis passé de 127 à 84kg en 14 mois. Ce sport m’offre une certaine confiance en moi et une mentalité plus apaisée. » Ses séances étant strictement définies par un professionnel, Arlindo ne va pas à la salle pour rigoler. « Aux heures de pointe, on ne peut pas s’entraîner correctement. Les gens restent sur leur téléphone assis sur les machines… Moi, je suis là pour travailler. Ces horaires tardifs sont le seul moyen de pouvoir le faire convenablement », estime celui qui s’exerce six fois par semaine. De quoi en faire pâtir sa vie sociale? « Tout est dans l’organisation. Si j’ai quelque chose de prévu le soir, alors je viens tôt le matin. »

L’heure où prend fin le tumulte de la fonte
Tous nos interlocuteurs ne sont toutefois pas des habitués de la pratique nocturne. Théo, étudiant de 24 ans, confie que sa présence parmi les couche-tard fait office d’exception. « Aujourd’hui, c’est un peu spécial. Je n’ai pas l’habitude de venir à cette heure-ci. J’ai eu beaucoup de travail à l’université et j’ai fini tard. Mais il ne faut surtout pas rater l’entraînement, donc je suis là! »

Le temps de faire le tour de cette salle au décor brut et moderne que sonne déjà bientôt une heure du matin. Nos sportifs n’ont pas encore tous terminé leur séance. À cette heure tardive et comme depuis notre arrivée, la musique entraînante qui caractérise ce genre de centre s’est tue. Seuls le bourdonnement de la ventilation et le fracas de la fonte qui s’entrechoque brisent encore le silence de la nuit, raccourcie pour certains par leur insatiable envie de sport. Mais quelle importance pour eux? La nuit peut aussi être régénératrice lorsqu’on la passe à se défouler.
