Le canton de Fribourg semble peiner à développer son offre hôtelière, avec une succession de fermetures d’établissements d’envergure. Ce phénomène se fait d’autant plus ressentir à l’approche des championnats du monde de hockey sur glace. Il y a cependant des signes d’optimisme.
Depuis la pandémie de Covid-19, les fermetures d’hôtels se sont succédé dans l’agglomération fribourgeoise. Fin 2020, une restructuration stratégique a d’abord eu raison du NH Hôtel, situé à quelques centaines de mètres de la gare. Puis, faute de repreneur, c’est l’hôtel 4 étoiles du Parc Hôtel, à côté de l’hôpital Daler, qui a cessé ses activités en 2022. Deux ans plus tard, Granges-Paccot a finalement lui aussi perdu un établissement important avec la transformation de My Hotel en logement pour personnes migrantes.
Selon Christophe Renevey, directeur adjoint de l’Union fribourgeoise du tourisme (UFT), cette situation s’explique avant tout par un contexte pandémique difficile et l’absence de repreneurs. Il précise que ces trois fermetures représentent une capacité d’accueil réduite d’environ 250 chambres auxquelles s’ajoutent la perte de grandes salles de séminaires. Résultat: une diminution de l’offre pour une clientèle d’affaires et un important manque à gagner pour la région.
Hockeyeurs logés à Berne
Avec les championnats du monde de hockey sur glace, la ville se prépare d’ici le mois de mai à accueillir huit délégations ainsi que plusieurs milliers de supporters (200’000 billets sont en vente). Faute de place, seules la Slovénie et l’Italie logeront sur le territoire cantonal, à Marly. Les autres se rendront dans le canton de Berne. Christophe Renevey cite l’exemple du Canada: « On leur avait proposé l’hôtel Cailler à Charmey, mais le lieu ne correspondait tout simplement pas à leurs attentes. Il nous manque clairement des établissements de catégorie supérieure, surtout des 5 étoiles ». Il admet que l’offre fribourgeoise a rapidement atteint ses limites, avec une quarantaine de chambres à fournir par délégation.
« Le lieu ne correspondait tout simplement pas à leurs attentes. »
Christophe Renevey, directeur adjoint de l’UFT
Un canton affichant des chiffres record
Cependant, la situation n’est pas aussi catastrophique qu’elle le semble. Pour la première fois de l’histoire, le canton a enregistré un total de plus de 500’000 nuitées hôtelières en 2025, selon les statistiques officielles. En moyenne, le taux d’occupation atteint presque 50% et la Maison Cailler à Broc reste le site le plus visité de Suisse romande, apportant un important afflux de touristes suisses et internationaux. Fin 2024, le canton dénombrait 95 établissements ouverts pour près de 4’000 lits disponibles.
Selon un sondage réalisé par l’UFT mi-avril, les hôtels sont quasiment complets à la période des championnats du monde. Non seulement en ville de Fribourg, mais aussi dans les régions périphériques, par exemple à Morat ou à Bulle. Christophe Renevey précise encore que deux nouveaux établissements ont également ouvert en 2025: l’Aparthotel Hine Adon à Granges-Paccot ainsi que l’Hôtel des Innovations à Marly, proposant un centre de conférence ciblant particulièrement la clientèle d’affaires. Le directeur adjoint se veut donc résolument positif, affirmant qu’un taux d’occupation des chambres de 60% est déjà satisfaisant pour la région.
Le secteur hôtelier préoccupé par le développement de l’offre
Du côté des hôteliers fribourgeois, c’est un autre son de cloche. Pour Sophie Rouvenaz, présidente de l’association des hôteliers fribourgeois, il faut d’abord agir sur le taux d’occupation, qui n’est pas suffisant: « Amener de l’offre supplémentaire dans une partie du marché qui fonctionne déjà bien risquerait de nous mettre en péril. Il faudrait donc commencer par remplir les établissements existants avant de trop diversifier l’offre », souligne-t-elle.
« Amener de l’offre supplémentaire dans une partie du marché qui fonctionne déjà bien risquerait de nous mettre en péril. »
Sophie Rouvenaz, présidente de l’association fribourgeoise des hôteliers
Les difficultés du marché se retrouvent partout, pas seulement dans l’hôtellerie fribourgeoise. Cependant, Sophie Rouvenaz fait remarquer que des solutions existent et peuvent être envisagées. Par exemple, le fond d’équipement touristique prévu par le canton soutient les entrepreneurs qui investissent dans de nouvelles structures, mais cette aide ne concerne pas les reprises d’établissement. D’importantes barrières juridiques peuvent également mettre des bâtons dans les roues de certains investisseurs hôteliers.
Un optimisme partagé
Confrontés à cette réalité, tant Sophie Rouvenaz que Christophe Renevey s’accordent cependant sur une vision résolument positive : l’hôtellerie fribourgeoise se porte désormais bien, et a de beaux jours devant elle. « Il faut continuer de travailler, mais actuellement, les hôtels se sont bien relancés. On peut dire qu’on va dans la bonne direction », assure Sophie Rouvenaz. Le directeur adjoint de l’UFT complète: « On est très confiants dans cette croissance ces prochaines années, on va tout faire pour la maintenir ». Une convention mise en place avec Airbnb en 2021 permet par ailleurs de répertorier le nombre de nuitées et d’avoir une meilleure visibilité sur l’offre de parahôtellerie.
