Ingénieur agronome à la retraite, Jean-Auguste Neyroud occupe ses journées à défendre les intérêts d’Israël. Une tâche prenante, deux ans après le début d’un conflit dont les actes ont été qualifiés par certains de génocidaires, que ce fils de paysans accomplit en tant que vice-président de l’Association Suisse-Israël (ASI). Résultat de multiples rencontres avec l’État hébreu, où il a trouvé le bonheur toute sa vie.
Moins d’un jour après l’envoi d’un courriel sollicitant une entrevue avec un membre éminent de l’Association Suisse-Israël, son secrétaire central Walter Blum s’enquiert. « Je vous prie de bien vouloir comprendre que j’ai besoin de quelques informations supplémentaires pour pouvoir répondre à votre demande. Vous écrivez que vous ne partagez pas les positions de l’ASI. Puis-je vous demander lesquelles? » Un débat sans fin autour de la complexe et vive question israélo-palestinienne paraît lancé. Étonnamment, il suffit d’un seul mail argumenté en retour, mentionnant l’envie de dépasser la diabolisation des camps mêlés à ce conflit, pour que le vice-président du comité central accepte de se déplacer à Neuchâtel.
Du kibbutz au mariage
Le jour venu, un vieil homme s’approche avec hésitation du lieu de rencontre. Tête levée, ses yeux clairs se plissent pour vérifier l’adresse de la Maison Wodey-Suchard avant de faire irruption au milieu du salon de thé. Ce mercredi après-midi, Jean-Auguste Neyroud est un pensionné parmi d’autres dans ce café du centre-ville. À première vue, seul le coton bleu roi de son pull pourrait évoquer Israël et son drapeau à l’étoile de David. Pourtant, c’est là-bas que cet enfant de la campagne vaudoise a vécu certains de ses plus beaux moments de vie.
« Mes parents étaient paysans à Givrins et ils étaient déjà vieux lorsqu’ils m’ont eu. J’étais le petit dernier de la famille, ce qui n’a pas toujours été facile. C’est ma sœur aînée qui a repris la ferme et moi, je me suis dirigé vers l’agronomie. » Des études accomplies à l’EPFZ le mènent ensuite dans le sud d’Israël, où il s’envole en 1964 pour un stage obligatoire dans un kibbutz du nom de Dvira. Le jeune homme découvre alors un certain mode de vie tourné vers la collectivité, où il se rapproche des idéaux socialistes. C’est lors de ce séjour que Jean-Auguste tombe sous le charme de sa future femme, avec laquelle il passe un « deal à la con », selon ses propres mots. « Je suis né protestant, mais l’on a convenu que je me convertirais au judaïsme si elle venait habiter en Suisse, lance-t-il en ricanant. Je ne me suis pas vraiment converti par conviction, mais plutôt par amour. »
« Je reconnais que, sur certains aspects, on pourrait penser que Netanyahou est coupable d’hubris. »
Jean-Auguste Neyroud, vice-président de l’ASI
Le mauvais côté de la « barrière de röstis »
De retour sur les rives du Léman, le jeune marié intègre la section vaudoise de l’ASI, dont certains de ses amis sont déjà membres. Au fil des ans, il s’investit davantage au sein de cette communauté créée en 1957 pour « bannir à jamais les tentatives de chasser ou de détruire le peuple juif », explique son site internet. Si l’association se dit « laïque et politiquement indépendante », le travail d’influence de ses sympathisants auprès des autorités helvétiques est indéniable. En tant que vice-président, l’octogénaire se borne principalement à commenter les critiques émises à l’encontre de l’État hébreu au travers d’articles militants et tribunes dans plusieurs titres. Du côté romand de la « barrière de röstis », le paysage médiatique serait selon lui devenu « systématiquement pro-palestinien et anti-israélien » depuis les massacres du Hamas il y’a deux ans.
Au moment d’évoquer les récentes conclusions de la commission d’enquête mandatée par l’ONU, ayant qualifié les exactions de Tsahal à Gaza de « génocide », le sénior détourne l’attention. « Il y a aux Nations unies une majorité qui condamne automatiquement Israël. De fait, on arrive très facilement à faire signer n’importe quoi, par n’importe qui. Je ne dis pas que le génocide n’existe pas, mais ça ne s’appelle pas un génocide que d’assassiner 1’200 personnes à la frontière israélienne? » Malgré son scepticisme vis-à-vis des instances et du droit international, le Vaudois ose tout de même une menue critique à l’égard du premier ministre Netanyahou. « Je reconnais que, sur certains aspects, on pourrait penser qu’il est coupable d’hubris (mot grec signifiant l’ivresse du pouvoir). Il essaie de court-circuiter le pouvoir judiciaire, ce qui est incompatible avec la démocratie moderne comme on l’entend. »
« Je souffre de la mauvaise image d’Israël »
Au terme d’une heure de discussion animée, Jean-Auguste finit par mentionner ses deux filles et leur famille, dispersées entre Haïfa et Tel-Aviv. Avec son épouse, il leur a rendu visite pour la dernière fois il y’a environ un mois, au moment où les accords de paix promus par Trump ont été signés. Lorsqu’il parle de ses huit petits-enfants, le grand-père s’émeut. « Durant la période où nous y étions, il y avait encore des faits de guerre et notamment des alertes en provenance du Yémen. J’ai été marqué par la résilience des enfants, qui sont déjà tellement habitués aux protocoles de sécurité lorsque les antimissiles éliminent les attaques au-dessus de leur tête », souffle-t-il derrière sa tasse de chocolat chaud, avant de conclure. « Je ne me considère pas comme un activiste, mais je souffre de la mauvaise image d’Israël en ce moment. Mon rôle n’est pas de dire que son gouvernement n’est jamais mauvais, mais de montrer que ce n’est pas forcément mieux ailleurs, que ce n’est pas tout noir. »
Biographie de Jean-Auguste Neyroud
- Naissance : 11 septembre 1944
- Stage au kibbutz de Dvira : 1964
- Mariage : 1968
- Entrée à la section vaudoise de l’ASI : vers 1975
- Entrée au comité central de l’ASI : vers 1990
- Poste de vice-président national : 2015
