Dans la région de la Broye, une tendance se dessine : les Vaudois demandent à passer leur permis de conduire dans le canton de Fribourg, réputé pour être plus facile. Réalité ou simple rumeur ? Réponse grâce à cette enquête.
Obtenir son permis de conduire est devenu un véritable rite de passage. En 2023, plus de 70% des Suisses le possédaient, un chiffre qui illustre l’importance de cette étape. Dans la Broye, où j’ai grandi, c’est particulièrement marqué: beaucoup de jeunes ont leur permis à 18 ans révolus.
Dans cette même campagne, une autre tendance se dessine: alors qu’une partie de la région est vaudoise, des candidats préfèrent passer leur examen pratique à Fribourg plutôt qu’à Yverdon, malgré une distance presque équivalente. Mais tout s’explique quand on sait que le canton fribourgeois a la réputation d’avoir des examinateurs de conduite moins sévères. Lorsque j’ai moi-même débuté mon permis, il y a un an, d’anciens candidats me l’ont conseillé: « L’examen fribourgeois est plus simple. » J’ai donc fait ma demande au SAN (Service des automobiles et de la navigation de l’État de Vaud) pour être autorisé à passer mon permis dans le canton voisin.
Pas une simple rumeur
Et cette idée est confirmée par les chiffres. En effet, le taux de réussite à l’examen pratique du permis B est de 64% dans le canton de Vaud contre 74,3% à Fribourg. Une différence de 10,3%, difficile à ignorer. Une analyse révèle des variations similaires dans toute la Suisse romande.

Des réglementations nationales
On pourrait croire que ces disparités s’expliquent par des réglementations propres à chaque canton. Mais première surprise: les règles sont en réalité nationales. Le SAN et l’OCN (Office de la circulation et de la navigation de l’État de Fribourg) renvoient aux réglementations de l’ASA (Association des services des automobiles), qui établit les directives du pays en matière de permis de conduire. Un document détaille ces critères, classant les fautes en catégories: sécurité routière, manœuvres, comportement général, adaptation au trafic, etc.

Des examinateurs plus sévères?
Ces directives nationales soulèvent inévitablement des questions sur l’application concrète des règles et la part de subjectivité de l’expert, seul à bord avec le candidat lors de l’examen. Interrogé sur cette question, Jérémie Bovey, responsable des examens de conduite au SAN affirme qu’il n’y a aucune subjectivité: « Les examinateurs suivent des critères précis et sont soumis à deux contrôles par an imposés par l’ASA. » Il affirme aussi mener, sur Vaud, 30 contrôles de qualité post-examen: des candidats sont sondés sur le déroulement de leur épreuve et les raisons de leur éventuel échec. « Dans le cadre de ces contrôles, seule une faible proportion de clients ne comprend pas les raisons de celui-ci. Les variations entre cantons peuvent s’expliquer par l’investissement personnel des candidats dans leur apprentissage de la conduite. » Face à ces constatations, le SAN recommande sur son site de suivre une formation de base solide, notamment en faisant appel à un moniteur de conduite.
Les examinateurs suivent des critères précis et sont soumis à deux contrôles par an imposés par l’ASA.
Jérémie Bovey, responsable des examens de conduite au SAN
Une analyse partagée par Mikael Ganhao, moniteur d’auto-école dans la Broye, pour qui la différence se joue clairement dans la formation. Il accompagne régulièrement ses élèves jusqu’à l’examen à Fribourg et en a tiré cette conclusion: « Fribourg est plus complexe à conduire qu’Yverdon ou Cossonay. Les élèves prennent donc plus d’heures de cours et sont mieux préparés, ce qui augmente leurs chances de réussite. »
Selon des comparaisons avec ses collègues vaudois, un Vaudois suivrait en moyenne entre 5 et 10 heures de leçons, tandis qu’un Fribourgeois en prendrait entre 10 et 20. Toutefois, aucune statistique officielle ne permet de vérifier cette affirmation.
Mais alors, pourquoi changer de canton?
Dans la Broye, selon Mikael Ganhao, le choix de Fribourg s’explique avant tout pour la proximité. En effet, pour les habitants de Payerne et d’Avenches, Fribourg offre la possibilité de suivre des leçons de conduite sans trajets superflus ni autoroutes.
De plus, le SAN souligne que les Broyards qui choisissent Fribourg restent une minorité, et que ce choix dépend également du lieu d’études. Mais cette tendance repose aussi sur une réputation ancienne. En 2010, le taux de réussite au permis dans le canton de Vaud était de 54%, lui valant ainsi la réputation d’être l’un des cantons romands les plus sévères. Bien que cet écart se soit réduit depuis, les réputations ont la vie dure.
Les examinateurs vaudois étaient plus sévères. Je le constatais à travers les retours de mes élèves.
Un moniteur d’auto-école à la retraite
Un moniteur d’auto-école broyard à la retraite en témoigne: « Les examinateurs vaudois étaient plus sévères. Je le constatais à travers les retours de mes élèves. » Ayant fait passer le permis dans les deux cantons, il estime pouvoir comparer. « J’imagine qu’au vu des anciennes statistiques, le SAN a ajusté ses critères afin de réduire cette différence. » De son côté, le SAN explique cette évolution par une sensibilisation accrue, incitant les Vaudois à prendre davantage d’heures de conduite.
Rumeurs, statistiques et perceptions… Pas facile de démêler le vrai du faux, mais une chose est sûre: la formation joue un rôle clé, quel que soit le canton.
À moins que l’on ne cherche trop loin… Après tout, certains ont peut-être tout simplement la conduite dans le sang, qui sait?
Par Manon Savary
Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours «Atelier de Presse II», dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.
