Dans les nuits vibrantes de la Case à Chocs, une équipe veille. La Care Team est en place depuis plus d’une année dans la salle de concert neuchâteloise et garantit le bien-être et la sécurité du public. Plongée au cœur d’un dispositif encore peu connu en Suisse romande.
Dehors dans la nuit, deux jeunes dansent en tee-shirt, casques sur les oreilles. Un seul bruit résonne, celui du Seyon, la rivière qui coule en contrebas. À quelques mètres de là, à l’intérieur du Bar l’Interlope, une Silent party débute doucement, il est 21h00. L’établissement se situe juste au-dessus de la Case à Chocs. Pas un son de s’échappe des enceintes. Les jeunes danseurs, tout juste majeurs, se déhanchent pourtant comme si la musique était à fond. Vue de l’extérieur, la scène est irréelle: une foule en mouvement dans un silence presque pesant.

Une équipe dédiée au bien-être du public
Un virage à droite, deux virages à gauche et une multitude de marches plus loin, deux gilets roses se distinguent dans les lumières froides de la Case à Chocs. La Care Team vient de commencer à travailler.
La Case à Chocs, c’est la salle de concert emblématique de Neuchâtel. Lieu phare de la scène alternative nocturne, elle accueille depuis plus de trente ans artistes émergents, soirée électro et engagées. Depuis septembre 2024, une équipe particulière y veille au grain: La Care Team. Elle compte quatre personnes et est chargée de prendre soin du public, d’intervenir en cas de conflit, de malaise ou d’excès.
Charlie et Valère travaillent en duo ce vendredi soir. Postés en haut de l’escalier de l’entrée, ils accueillent les premiers fêtards, pressés. La Care Team est reconnaissable: gilet de chantier rose pétant et guirlande lumineuse, enroulées maladroitement autour de la tête. Celle de Charlie a du mal à rester en place dans ses cheveux bruns: « Ce serait mieux un diadème, la guirlande ne tient pas bien », commente-t-elle.
Au contact direct des fêtards
Valère accueille les premières personnes. Il arrête tout ceux qui se pressent dans les escaliers pentus: « Vous connaissez la Care Team? », suivi d’un « ce n’est pas une question piège, promis », devant les regards interrogatifs. Il répéteront la phrase des dizaines de fois ce soir.
Pour Charlie, ce n’est pas un problème. Elle est comédienne et voit ça comme une manière de jouer son texte: « Je le fais en fonction des gens. S’ils ne m’écoutent pas trop, ça me permet de prendre une autre posture », détaille-t-elle.

22h, les basses de la grande salle, située à l’étage du dessus, commencent à faire vibrer les murs. Le contraste est frappant entre le froid mordant qui s’engouffre par les portes de l’entrée et les sonorités chaudes de l’artiste Juste Shani, qui ouvre le bal.
C’est le moment pour Charlie d’escalader encore quelques escaliers pour aller dans la salle. Dès l’entrée, l’odeur de transpiration prend à la tête, tout comme le rap incisif de Juste Shani. La femme au gilet rose est aux anges: « C’est une de mes artistes préférées ». Mais le travail la rattrape. Un homme qualifié de « gros lourd » est présent ce soir. Dans ce cas-là: « On évalue les besoins de la personne qui vient nous voir. Ici, elle a juste envie qu’on garde un œil sur cet homme. Mais si elle n’avait pas été à l’aise dans la même pièce que lui, on aurait pu faire appel à la sécurité », explique Charlie. Heureusement, l’homme, qui avait déjà eu des comportements déplacés par le passé, ne les reproduira pas ce soir.
«On aurait pu faire appel à la sécurité»
Entre motivation et manque de formation
Pour la femme au gilet rose, c’est le moment de faire une pause. Elle ouvre la porte du local utilisé par la Care Team. Il est confortable, deux canapés et des bureaux remplissent l’espace. Il fait chaud et c’est plus calme, mais les basses violentes de la grande salle font vibrer les murs.
Dans cette ambiance plus chaleureuse, la comédienne se livre. Elle n’a été formée pour arriver jusqu’à la Care Team, sauf avec Addiction Neuchâtel qui lui a expliqué les impacts de certaines drogues. Un point qui lui pèse un peu: « On promet que, si quelqu’un vient avec un problème, on gère ça au mieux. Pourtant, on n’a pas vraiment de formation pour toutes les situations ».
Mais Charlie temporise: « Ce n’est pas vraiment que je n’ai pas les épaules, mais dans ma boîte à outils, je n’ai pas forcément celui qui est adéquat pour cette situation ».
Des formations sur la réduction des risques ou les violences sexistes et sexuelles seraient donc nécessaires: « On en recherche actuellement une, mais, vu le coût, cela implique aussi de pouvoir valoriser cette démarche dans nos demandes de subventions », explique Lucie Götz, responsable communication de la Case à Choc.
Une proximité appréciée
Une fois la pause terminée, Charlie retourne faire un tour dans la grande salle. En bas des escaliers qui mènent à la sortie, Annaëlle est appuyée contre un mur, emmitouflée dans un gros manteau. Au-dessus de sa tête, le collage « Siamo tutti antifasciti » se décolle un peu. Elle vient souvent à la Case à Chocs et connaît la Care Team: « J’ai dû faire appel à eux il y a une année, ils ont été très utiles. Un homme a embêté mes copines, et je ne savais pas quoi faire, alors je les ai appelés ». Elle ajoute: « ils sont allés chercher la sécurité pour moi. Parfois c’est plus simple de les interpeller parce qu’ils sont plus proches dans la salle ». Avant d’emprunter à nouveau les escaliers, elle lance « Il faudrait qu’il y ait des Care Team partout! ».

« Il faudrait qu’il y ait des Care Team partout! »
À 2h00, la soirée touche à sa fin. Les lumières s’allument et la musique se coupe. La salle a une autre tête de jour, elle perd un peu de son côté alternatif. La responsable croisée en début de soirée vient faire le point avec Valère et Charlie. Rien à relever en particulier.
Alors que les derniers fêtards s’évaporent dans la nuit brumeuse de Neuchâtel, les deux gilets roses rentrent une dernière fois dans leur local pour aller retirer leurs costumes de superhéros.
Par Ella Charrère
Cet article a été réalisé pour le cours « Atelier Presse I », dans le cadre du Master en journalisme et communication de l’Université de Neuchâtel.
