Dans les cercles feutrés de la noblesse suisse

Il y a environ 450 familles nobles en Suisse, mais elles restent très discrètes. Image générée à l’aide de l’intelligence artificielle.

Ils sont discrets, presque invisibles, et c’est voulu. En Suisse, environ 450 familles nobles perpétuent encore aujourd’hui des codes et des règles qui structurent leur quotidien et forgent leur identité collective.

Pas de titre officiel, pas de privilèges reconnus par l’État depuis 1848 et pourtant, derrière les portes fermées des cercles sélects de Neuchâtel, Genève ou Berne, un monde bien vivant se perpétue. Chemise impeccablement repassée, ceinture obligatoire, chaussures noires dès 18h et pas de chaussettes blanches, autant de détails qui, pour un noble, ne sont jamais anodins. Car dans ce milieu, l’apparence est un langage.

Mais les codes vont bien au-delà du vestiaire. L’homme se tient à gauche de la femme, le cadet à gauche de l’aîné. On ne croise jamais la jambe avec la semelle face à son interlocuteur. Et dans les conversations, argent, politique et religion restent des sujets strictement réservés aux intimes. Le small talk est ici considéré comme un art à part entière, une compétence que l’on cultive. Jean-Jacques de Dardel, ambassadeur à la retraite et président de l’Association des Familles Suisses, confie pouvoir “allégrement passer une soirée entière sans aborder ces sujets”, tant cela lui est naturel.

Pour intégrer ces cercles ultra-sélects, le principe de cooptation s’applique. Deux parrains présentent le candidat en son absence, puis les membres votent. Autrefois, avec des boules noires et blanches. Noire: refus. Blanche: bienvenue. “Ces codes leur permettent de se reconnaître, de s’unir entre eux. Ce n’est pas pour se sentir supérieurs”, résume Jean-Jacques de Dardel. Et des règles comme celles-ci, il en existe encore une multitude, répertoriées dans le livre “Les Usages du monde” de Bernard de Muralt, véritable référence du savoir-vivre dans ces milieux.

Amaëlle Steffen

Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours « Production de formats journalistiques innovants », dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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