La radio cache un monde intense. En tant qu’auditeurs, nous n’entendons que ce qui nous est servi, par des sons et des voix. Pourtant, chaque séquence se construit, se débat et se règle à la lettre. Dans l’ombre de l’initiative SRR, rien ne peut être laissé au hasard. Laissez-vous emporter dans la préparation du programme le plus suivi de la RTS, La Matinale.
Il est 2h50. Les rues du quartier de La Sallaz à Lausanne sont calmes. Les lampadaires laissent transparaître une fine pluie qui transperce la nuit. Au numéro 40 de l’Avenue du Temple, un homme sort de son Uber. C’est Frédéric Mamaïs. Il est précédé par Léandre Berret, venu à vélo, puis par Aude Raimondi, qui ferme la marche. Les fidèles auditeurs de la RTS reconnaîtront ces noms appartenant à des voix familières. Il s’agit des trois journalistes qui présentent les journaux d’informations de La Matinale.
Ce sont les premiers à arriver dans les locaux de la RTS. Malgré l’heure matinale, ils sont en forme. « On a l’habitude de se lever tôt, mais c’est un rythme à prendre », explique Aude. Ils arrivent dans leur bureau. La pièce est chaude, spacieuse et lumineuse. L’odeur du café et de papier la parfume. « Bienvenue dans l’antre de La Matinale », rigole Léandre.
La première mission des matinaliers est de trier les informations de la nuit grâce à un logiciel recevant les dépêches d’agences de presse. Aude et Léandre se partagent le travail pour cribler les évènements importants de la veille et de la nuit. « Je prends les rubriques « Fédérale », « Eco » et « Divers », d’acc? », prévient le jurassien d’origine. Pendant ce temps, Frédéric part écouter interviews, reportages et autres productions préparés pour ce matin. « Il n’aime pas travailler assis, on le reverra à 3h30 pour notre première séance », observe Aude, alors qu’elle épure les rubriques « Monde », « Science » et « Sport ». Ce lundi, deux thèmes principaux dominent l’actualité: la baisse des droits de douanes américains et le retour de la violence à l’école au Danemark, un sujet qui fait écho au ras-le-bol des enseignants romands.
Chaque seconde compte
Entre temps, Valérie Droux, la voix de La revue de presse, débarque. Elle salue ses collègues avec légèreté. « Eh Léandre ça va? Tu n’as pas trop abusé de la St-Martin? » pique-t-elle avec l’humour nécessaire. L’ambiance est décontractée. « Faussement décontractée », rétorque Valérie Hauert, la présentatrice de La Matinale, qui vient de se glisser à sa place.
« On a l’air très détendu, mais on court un peu après le temps » Valérie Hauert, présentatrice de La Matinale
L’heure avance. Chaque seconde se négocie chèrement à la radio. « On a l’air très détendu, mais on court un peu après le temps. On se sent surveillés par les sept horloges qui sont dans la pièce. Mais pour ma part, j’en ai besoin, ça me rassure de pouvoir voir l’heure », complète la présentatrice phare. Tout est chronométré à la seconde près. Les logiciels calculent le temps de lecture de chaque journaliste et comptabilisent chaque son et jingle diffusé. Rien n’est laissé au hasard.

Construire une histoire
« Chaque Matinale est unique », affirme Valérie Hauert. « Mon rôle est de raconter une histoire de deux heures, qui passe en revue l’actualité et les sujets chauds du moment ». Pour ce faire, elle peut compter sur le trio des rendez-vous d’informations, mais aussi sur Valérie Droux, pour ne citer qu’eux. « Avant de me rendre à l’antenne, je prépare le fil rouge. J’écris des titres punchy pour crocher l’auditeur, je passe en revue la chronologie de La Matinale, tout en consultant mes collègues pour rester pertinent et éviter les redites », souligne la cheffe d’orchestre de l’émission. « Mon objectif, c’est aussi de rythmer ces deux heures et de donner envie à l’auditeur de rester avec nous. Pour ça, je dois tout maîtriser et tout connaître, que ce soit l’actualité ou mes collègues. Je sais avec qui je peux me permettre de l’improvisation ou qui je dois mettre à l’aise ».
Il faut dire que les journalistes sont sous pression: l’avenir du service public reste incertain en attendant le verdict des votations de mars 2026. Une raison supplémentaire de redoubler d’efforts pour démontrer l’engagement des journalistes de la SSR auprès de la population.
Le calme avant l’antenne
Il reste 30 minutes avant la prise d’antenne. Les rires laissent place au sérieux. Les bruits de souris et de claviers s’envolent alors que l’imprimante crache les feuilles nécessaires à la lecture des informations. Les journalistes marmonnent leurs textes. Alexandra Vittoz, l’attachée de production, s’active. Elle prépare les feuilles de Valérie Hauert, vérifie que les sons qui vont être diffusés sont dans le bon ordre et s’assure que l’équipe technique est prête. Valérie Hauert et Léandre Berret, qui s’occupe du premier journal du matin, se lèvent et vont au studio.
Il est six heures précises. Le jingle iconique de La Matinale résonne. Valérie Hauert ouvre son micro: « Et bienvenue dans La Matinale de ce lundi 17 novembre ». Tout est prêt. C’est parti pour deux heures d’émission, rythmée par une quinzaine d’intervenants.

Deux heures où l’erreur n’est pas autorisée
La première heure se déroule sans accro. Les sons et intervenants s’enchaînent. La machine est bien rodée. L’auditeur a presque l’impression que chaque journaliste est autour d’une grande table à laquelle il est convié.
« On a dû apprendre à se faire filmer, avoir une bonne posture, gérer notre langage non verbal« , Valérie Hauert, présentatrice de La Matinale
Puis sonne sept heures. L’ambiance change. Le studio radio se transforme en plateau TV. La radio filmée fait désormais partie du quotidien. Valérie Hauert s’est d’ailleurs préparée en conséquence. Avant de se rendre en studio, la présentatrice s’est changée et maquillée. « On a dû apprendre à se faire filmer, avoir une bonne posture, gérer notre langage non verbal », témoigne-t-elle.
L’heure tourne. Alexandra stresse dans la régie: l’invitée Christelle Luisier est en retard. Elle prévient Valérie Hauert: « Je ne peux pas te garantir qu’elle soit là à 33. Je réfléchis à une solution ». Fausse alerte: la présidente du Conseil d’État vaudois débarque à 7h29. Le programme peut se dérouler comme prévu. Aude Raimondi clôt le journal de 8h, elle lance Eric Guevara-Frey pour l’émission Tout un monde. La Matinale touche à sa fin. La Suisse romande s’est réveillée bien informée.

Par Tom Bühlmann
Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours «Atelier presse I», dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.
