Une pièce pour réconcilier rap et poésie

dans Culture/Multimédia/Volée 15 par

Joué le samedi 15 octobre au festival FriScènes à Fribourg, le spectacle “De La Fontaine à Booba” réunit poètes du passé et rappeurs d’aujourd’hui. Adressée en particulier aux adolescents, la pièce ouvre un espace d’échange entre les deux univers et avec les comédiens sur scène.

Michaël Delacour (gauche) et Guillaume Loublier (droite) interprètent leurs rôles depuis 2016.

C’est l’histoire de deux amis qui partagent une passion : celle de la littérature et des textes. Le premier adore les grands classiques, cite Baudelaire, La Fontaine et Zola. Le second est fan de rap et admire IAM, NTM ou Booba. De leur désaccord naît un débat qui oblige les deux personnages à remettre en question leurs a priori et à admettre, peut-être, certains plaisirs coupables.

Casser les idées préconçues

Guillaume Loublier et Michaël Delacour incarnent ce duo avec énergie et dérision. Tour à tour, ils citent leurs auteurs favoris et « clashent » l’autre dans des « battles » rythmées. Pour Guillaume Loublier, comédien et metteur en scène, les rappeurs actuels sont des objets culturels au même titre que les poètes classiques qu’on présente aux adolescents en cours.

« Le but était de rapprocher ces deux mondes et de casser les idées préconçues qu’on pourrait avoir sur le rap comme étant quelque chose de violent et vulgaire. Et sur la poésie comme étant quelque chose de poussiéreux et incompréhensible », se rappelle-t-il.  « C’est un bon premier pas pour s’intéresser au théâtre », estime son collègue, Michaël Delacour.

>>Extrait du spectacle à écouter : La fable des Animaux malades de la peste revisitée

Un lien particulier

Si les deux comédiens apprécient de jouer devant un public jeune, ils retiennent surtout les moments d’échanges qui suivent les représentations. Les adolescents en profitent pour poser toute sorte de questions aux artistes. « Cela va du métier de comédien à des choses triviales, comme le prix de mes chaussures, rigole Michaël, ils vivent une heure avec nous et se demandent qui il y a derrière nos personnages. »

Les élèves en profitent aussi pour donner leur opinion sur la manière dont la pièce parle du rap. « Même dans le rap, il y a des chapelles, des goûts et des couleurs », continue Michaël. Guillaume se remémore certains élèves qui leur avaient demandé leur joueur de foot préféré. « C’est là que je me dis que le théâtre permet de créer un lien vraiment insolite entre les humains. Ils se sentent copains-copains avec nous et on peut aller très loin avec eux. »

>>Extrait du spectacle à écouter : Le personnage “moderne” admet apprécier certains textes classiques

Ce pourquoi on vibre

Au-delà des références au rap, la pièce cherche à toucher les jeunes en parlant de conflits, d’acceptance et de l’importance d’assumer ses goûts personnels. « Entre 12 et 17 ans, ce sont des âges assez difficiles, reprend Michaël, on se pose plein de questions et on cherche à s’accepter soi-même et avec les autres ».  « À la fin, le classique sort de sa carapace et avoue que son cœur vibre aussi pour des choses très modernes. Et mon personnage du moderne admet la même chose pour Phèdre, pour Racine, décrit Guillaume, tout ce qui nous fait vibrer individuellement a de la valeur. »

Par Simon Gumy
Crédit photo mise en avant : Simon Gumy
Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours “écritures informationnelles”, dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

Derniers articles de Culture

Retour en haut