Le sexe en temps de pandémie: Qu’en est-il des IST?

dans Multimédia/Santé/Volée 14 par

La vie sexuelle des Suisses a évolué au rythme de la pandémie de Covid-19. Les statistiques de l’Office fédéral de la santé publique montrent une chute des cas d’infections sexuellement transmissibles depuis 2020. Le point sur la situation.

Protégez-vous. Respectez les distances. Portez votre masque. Désinfectez-vous les mains. Depuis mars 2020, le Conseil fédéral a établi toute une série de recommandations pour réduire le nombre d’infections au Covid-19. Mais qu’en est-il des infections sexuellement transmissibles (IST)? Selon les chiffres publiés par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), le nombre d’IST enregistrées en 2020 a baissé.



 1. La diminution des contacts n'explique qu'à moitié la baisse des cas d'IST

Les Suisses ont-ils moins fait l'amour en 2020? Impossible de le savoir. L'OFSP estime toutefois que la limitation des contacts pourrait avoir réduit le nombre d'infections cette année-là.
Mais limiter l'explication à ces chiffres serait trompeur. L'OFSP alerte sur la baisse du nombre de visites dans les centres de dépistage.

Depuis le début de la crise, les prestations de santé sexuelle ont pu être proposées sans interruption dans toutes les régions mais ont dû s'adapter à la situation sanitaire. L'organisation faîtière des centres de santé sexuelle relate sur son site internet les récits de certains de ses centres membres en avril 2020. Le canton de Valais expliquait ne plus recevoir de patients sans rendez-vous, quant au canton de Vaud, il notait que les bilans IST de routine ont "été reportés à plus tard". Le canton de Fribourg, lui, s'inquiétait de recevoir des patients qui avaient été refusés par d'autres structures. 



2. Les hommes ont eu un accès au dépistage plus limité que les femmes

Le nombre d'infections à chlamydias déclarées a tendance a augmenter depuis dix ans chez les hommes et les femmes. Mais en 2020, le nombre de cas a baissé de façon plus importantes chez les hommes : 701 cas en moins chez les hommes, contre 410 cas de moins chez les femmes par rapport à 2019.

Cet écart est notamment lié aux différences d'accès au dépistage. L'examen annuel de routine chez le gynécologue, passage obligé pour beaucoup de femme, n'a pas son équivalent masculin. Ce traitement médical inégal explique cette différence.



3. La fermeture des frontières n'a pas fait chuter les cas d’IST dans les cantons limitrophes

En fermant ses frontières, les autorités fédérales espéraient limiter la propagation du Covid-19. A quelle hauteur a-t-elle participé à freiner la propagation des IST?
On ne peut pas le dire précisément car une multitude d'autres éléments ont participé à la chute du nombre d'IST enregistrées pendant cette période.
Si l'on regarde la courbe des cas d'hépatite C au Tessin, on s'aperçoit que le nombre de cas ne cesse de diminuer depuis 2014. L'impact de la fermeture des frontières entre le Tessin et l'Italie sur le nombre d'IST contractée existe peut-être, mais il n'est pas notable. La baisse enregistrée entre 2019 et 2020 (7,72) est même moins importante que celle enregistrée entre 2014 et 2015 (8.16).



 4. La fermeture des maisons closes n’a statistiquement pas fait baisser le nombre d’IST

En mars 2020, le Conseil fédéral interdit toute activité de prostitution sur son territoire. Lors du second semi-confinement (fin 2020 à début 2021), Berne change de tactique et laisse les cantons légiférer seuls sur le sujet. Conséquence directe de cette décision: des règles disparates et parfois bancales. Si Genève a d'abord interdit le travail du sexe, elle l'a finalement autorisé. Dans un article de swissinfo.ch, le membre du gouvernement genevois Mauro Poggia déclarait avoir préféré «s'aligner» sur le canton de Vaud qui n'avait pas interdit la pratique. La fermeture des maisons closes dans certains cantons n'a statistiquement pas fait baisser les cas d'IST. L'OFSP ne dispose d'aucune donnée qui confirmerait cette hypothèse. Il semblerait que ce soit même plutôt l'inverse:
Des "services venant en aide aux personnes actives dans l'industrie du sexe" ont fait savoir à l'OFSP que : "la fermeture des maisons closes et des clubs, voire l'interdiction temporaire de la prostitution, n'a pas empêché la prostitution." Elle l'a simplement déplacée géographiquement. Elles concluent en expliquant que : "la fréquence des IST chez les travailleuses du sexe a augmenté et non reculé".



5. L’incidence des infections sexuellement transmissibles reste plus élevée dans les grands centres urbains

L’incidence des infections sexuellement transmissibles est prévalante dans les grands centres urbains que sont Zurich, Genève et Bâle. L'OFSP explique cette dispersion géographique par un accès au test facilité et une présence accrue de partenaires sexuels, spécialement pour les membres des minorités sexuelles.
Depuis mars 2020, les cantons d'Appenzell Rhodes-Intérieures, Appenzell Rhodes-Extérieures et d'Obwald sont les plus durement touchés par la pandémie de Covid-19. Les dynamiques d'infections sexuellement transmissibles n'ont donc pas été imputées par les dynamiques d'infections au Covid-19.

Pendant la pandémie, la population ne s'est pas arrêtée de faire l'amour, le sexe sans protection n'a pas disparu et les préservatifs n'ont pas soudainement cessé de craquer. Selon les associations de lutte contre les maladies sexuellement transmissibles, on peut se réjouir de voir le nombre de cas d'IST diminuer mais il faut tout de même rester vigilant et continuer de rendre accessible leur dépistage.


Source : Aide suisse contre le SIDA

Par Alicia Fresard et Mathilde Salamin
Photo: Keystone-ATS/Michael Buholzer
Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours "Publication, édition et valorisation numérique", dans le cadre du master en journalisme de l'Académie du journalisme et des médias (AJM) de l'Université de Neuchâtel.

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