Livré ou delivere(d) ?

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Les applications de livraison de nourriture en ligne se développent à Neuchâtel. La dernière arrivée n’est autre que l’américaine Uber Eats. Face à cette nouvelle concurrence, les services de livraison privés des restaurateurs neuchâtelois peuvent-ils tenir le choc ? Décryptage.

Le village d’irréductibles Neuchâtelois est tombé. Après avoir longtemps fait de la résistance parmi les grandes villes romandes, la cité du Littoral a finalement accueilli, l’année dernière, la plateforme de livraison de repas en ligne américaine Uber Eats. Cette dernière vient s’ajouter à une offre déjà bien complète avec notamment les applications suisses Smood et Eat.ch. Néanmoins, elle entraîne aussi une complexification du marché. Petite séance de rattrapage pour y voir un peu plus clair.

Apporter le restaurant à la maison

Gérant du Café de la Collégiale et du “Cow Fusion”, Daniel Chapatte, peut se targuer d’être l’un des rares restaurateurs à posséder son propre service de livraison de repas. Il mise sur l’expérience locale et surtout sur un rapport de proximité avec sa clientèle pour se démarquer. Pour réussir son pari, cet ancien chef a dû mobiliser une organisation et des ressources titanesques.

Daniel Chapatte a décidé de se lancer dans ce pari de la livraison à domicile il y a deux ans en rachetant le restaurant “Cow Fusion” afin de mettre en œuvre son projet. Un parti pris qui lui a permis de mieux supporter la pandémie de Covid-19 et ses contraintes. D’ailleurs, les applications de livraison en ligne ont profité des restrictions actuelles pour se populariser. En effet, le contexte sanitaire bouleverse peu à peu nos habitudes alimentaires comme le détaille Philip Balsiger, professeur à l’Université de Neuchâtel et spécialiste de la sociologie économique et des mouvements sociaux.

Des géants de plus en plus pressants

Les astres semblent donc s’aligner pour que les applications de type Uber Eats ou Smood prennent le pas sur les services de livraison privés. Ce, d’autant plus qu’elles ne lésinent sur aucun investissement financier pour continuer à séduire les publics cibles.

Les innovations locales et les questions éthiques semblent donc se poser en rempart contre la montée en puissance de ces plateformes un peu partout sur le globe. Malgré tout, Daniel Chapatte ne partage pas cet élan d’optimisme. Pour lui, les géants de la livraison ont de l’appétit et risquent de tout balayer sur leur passage. “Il faut avoir du volume pour les concurrencer. Un petit établissement, par exemple, va peut-être plus facilement les rejoindre car il n’a pas les moyens logistiques pour tenir” confie l’ancien chef. Avec ses deux restaurants, il veut rester autonome le plus longtemps possible et compte sur l’attachement local des consommateurs neuchâtelois.

“Il faut avoir du volume pour tenir face à ces géants”

Daniel Chapatte, gérant de deux restaurants neuchâtelois

“L’ubérisation” totale de Neuchâtel n’est pas encore au goût du jour, mais les acteurs de la restauration neuchâteloise savent qu’ils doivent redoubler d’efforts et d’inventivité pour rester attractifs face à ces géants.

Par Damien Piscopiello

Ce travail journalistique a été réalisé dans le cadre du Master en journalisme et communication (MAJ)

Crédit photos : Pixabay

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