“Le Washington Post fait du climat une priorité”

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Journal américain de renom, le Washington Post élargit son traitement de la crise climatique. Rencontre avec Dayana Sarkisova, éditrice de la section Climate Solutions, lors du Festival du Journalisme à Perugia.

Un exemple à suivre pour le traitement de la crise climatique ? Racheté par le multimilliardaire Jeff Bezos, le Washington Post développe ses rubriques Climate & Environment et Climate Solution. Le célèbre quotidien américain a été récompensé en 2020 par le prix du meilleur reportage sur l’environnement de la “Society of Environmental Journalists” pour leur série 2°C: Beyond the Limit. Le comité de la compétition les a félicités: (traduit de l’anglais)

Le Washington Post, confronté à la plus grande menace de l’humanité, a envoyé d’excellents reporters autour du monde pour le documenter et l’expliquer aux lecteurs d’une manière vivante et inoubliable. Le reportage est stellaire, l’analyse de données est un service public, la présentation visuelle est percutante, les exemples sont parfaits et l’écriture est solide.

Comité du “Society of Environmental Journalists”, 2020

Suite à cette reconnaissance, “le traitement de l’actualité climatique est devenu une priorité au sein du Post” soutient l’éditrice de la rubrique, Dayana Sarkisova. Elle exprime, en interview, se sentir chanceuse de travailler dans un média où les sujets sur le climat sont valorisés et mis à la Une. 

Un mouvement partagé dans d’autres médias qui, eux aussi, consacrent une rubrique entière aux thématiques environnementales. Concurrent du Washington Post, le New York Times a inclus une sous-rubrique Climate & Environment à sa rubrique Science. De son côté, le quotidien britannique The Guardian a développé deux rubriques: Environment et Climate crisis

“Empower” le lectorat

Guider et fournir des conseils à son lectorat pour diminuer leur empreinte carbone, c’est ce que vise la rubrique Climate Solutions du Post. La section est dédiée au journalisme de solution et relaie l’histoire d’individus qui proposent de nouvelles réponses aux défis climatiques. Le site regorge de guides pratiques comme, par exemple pour transitionner vers une voiture électrique. Leur but, selon l’éditrice est d’”empower” le lecteur en lui donnant les clés nécessaires pour intégrer des changements dans son quotidien. Toutefois, le Washington Post ne souhaite pas tomber dans l’activisme et la culpabilisation du lecteur. Bien que Dayana Sarkisova prône l’action individuelle, elle souligne le fait que le changement climatique est un problème systémique global.

Propos de Dayana Sarkisova lors de la conférence sur le journalisme de solution. Perugia 2022.

Attirer le grand public

Afin de rendre les sujets climatiques accessibles au large public, le Post a créé un “explainer”, c’est-à-dire une page où les concepts scientifiques sont explicités pour rendre chaque terme compréhensible. Des hyperliens redirigent le lecteur vers cette page de référence où figurent des définitions du vocabulaire utilisé. 

Une autre manière d’attirer une large audience pour le Post est de miser sur le datajournalisme et le journalisme visuel. Selon l’éditrice, le datajournalisme est un impératif pour traiter du climat. A travers des données scientifiques, il permet de légitimer des phénomènes climatiques intangibles. Sans oublier l’importance d’un storytelling percutant.

“ Je pense que le storytelling manque dans le journalisme climatique. Dès que c’est possible, il faut qu’il y ait des histoires et des récits. C’est un sujet très triste, scientifique et technologique, mais ça doit toujours être de beaux articles bien écrits, avec des histoires inspirantes.” (traduit de l’anglais)

Dayana Sarkisova

Une rubrique en pleine expansion

Sur une rédaction de plus de 1000 journalistes, la section climat n’en compte qu’une douzaine. Un chiffre amené à changer cette année puisque le quotidien a annoncé vouloir engager plus de 70 nouveaux journalistes au sein de la rédaction, dont 22 pour la section climat.

Infographie : Liana Menétrey

Presque un tiers des nouvelles recrues seront donc responsables des sujets climatiques, car le quotidien américain estime qu’“aucun sujet n’est aussi global que le climat”. Le journal promet des plans robustes pour cette année 2022 afin de créer une couverture du climat de qualité. Le traitement de la crise climatique s’impose depuis quelques années au sein des rédactions, comme l’illustre le Washington Post. Un constat partagé au Festival du Journalisme de Perugia 2022, avec plus d’une dizaine de conférences traitant de cette thématique.

Par Liana Menétrey

Crédit de l’image mise en avant : KEYSTONE ATS

Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours “Production de formats journalistiques innovants”, dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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