La fonte des glaciers s’accélère depuis 20 ans

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Les géants de glaces reculent à grande vitesse depuis le début du 21ème siècle. Des données du réseau des relevés glaciologiques suisses (GLAMOS) permettent de visualiser l’évolution de la longueur de dix glaciers valaisans durant la dernière décennie, celle des températures records.

“En 2100, il ne restera au mieux qu’une cinquantaine de glaciers sur les 1400 existants en Suisse.” C’est le triste constat du glaciologue Matthias Huss, en charge du réseau GLAMOS, qui se confiait au Temps il y a quelques mois. Et cette prévision est celle de l’optimisme. Si la température grimpe de plus de 2 degrés d’ici la fin du siècle, ils ne seront plus que onze. Parmi eux, les plus grands, comme celui du grand glacier d’Aletsch, mais aussi les plus hauts en altitude et les moins exposés au soleil.

L’urgence climatique est dans toutes les bouches. Les grèves pour le climat, la Loi CO2 votée le 13 juin, ainsi que “l’Initiative pour les glaciers”, actuellement en phase de consultation, exigeant zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050, sont autant de symboles concrets de la prise de conscience citoyenne.

En Valais, la longueur de dix glaciers ont ainsi été largement étudiés durant les vingt dernières années. Des relevés annuels sur le terrain, effectués par le réseau GLAMOS, permettent de rendre compte d’une tendance généralisée: les glaciers perdent des dizaines de mètres chaque année.

On constate néanmoins que ces glaciers n’ont pas reculé à la même vitesse durant les dix dernières années. Certains, comme celui du Giétro, situé dans le secteur du barrage de Mauvoisin, a diminué de plus de 85% entre 2010 et 2020. Le glacier d'Allalin dans la vallée de Saas a, quant-à-lui, seulement diminué de 7%. "Une grande variation entre les années est assez normale, la météo n'est pas constante", nous a expliqué Matthias Huss. Il précise que "le changement de surface ou de longueur est moins variable et permet de mieux mesurer les changements climatiques."

Le grand glacier d’Aletsch représente 20% du volume total de glace des Alpes suisses, relate une étude publiée dans le Journal of Glaciology en 2019, qui a analysé les potentiels scénarios de la fonte du glacier d’ici 2100. Les températures extrêmes de la dernière décennie ont mis à mal l’illustre ancêtre: une large zone de glissement de terrain s’est formée là où la langue glaciaire - partie inférieure du glacier - s’est retirée comme nous le dévoile cette comparaison d'une carte de 2010 (à gauche) et 2020 (à droite).


Selon le pire scénario prévisionnel de l’étude - c'est-à-dire impliquant une augmentation des températures moyennes de 4 à 8 degrés d’ici 2100 -  le retrait du grand glacier d’Aletsch serait total, ne laissant que quelques névés de glaces, dits “résiduels”, au-dessus de 3000 mètres. La base de données GLAMOS montre enfin comment le grand glacier d'Aletsch a continuellement diminué depuis le début du relevé des mesures, en 1915. Au point qu'il a perdu près de 3 kilomètres de longueur entre 1915 et 2018. Entre 2010 et 2018, la diminution frôle les 450 mètres.

Depuis une cinquantaine d’années, les mesures effectuées par les glaciologues et analysées par la suite sont de plus en plus nombreuses. Les scientifiques s’inquiètent eux aussi. "Depuis 1960, les glaciers suisses ont perdu tellement d'eau que le lac de Constance pourrait en être rempli”, constate la Commission d'experts sur les réseaux de mesure cryosphérique de l'Académie suisse des sciences naturelles dans un grand format de la RTS.

Tous les glaciers ne sont cependant pas logés à la même enseigne. Dans les Grisons, très peu sont documentés. Un début d’explication pourrait se trouver dans la taille des glaciers: les glaciers nains, dont la superficie couvre moins d’un demi kilomètre carré, sont les plus nombreux (et beaucoup d’entre eux se trouvent dans les Grisons). Pourtant, la plus grande partie de la glace provient des quelques géants minoritaires comme celui d’Aletsch.

Pour avoir un regard plus complet sur l’état des glaciers suisses et leur évolution, il faudrait intensifier les relevés de données sur l’ensemble de son territoire. En attendant, prendre conscience de l’urgence est déjà une étape nécessaire.

Ce travail journalistique est issu d'un travail dans le cadre du cours de "Datajournalisme" du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

Écrit par Ann-Christin Nöchel et Alexandre Wälti

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