Le #Healthy au temps de nos grands-mamans

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#HealthyFood, l’expression qu’on voit partout et qu’on finit par utiliser à tout va. Les réseaux sociaux grouillent d’images et de conseils #Healthy. A force, on finit par s’y perdre. Pourtant, au temps de nos grand-mères l’alimentation ne posait pas tant de questions.

Healthy Food le terme utilisé à l’ère des réseaux sociaux pour désigner une alimentation saine et naturelle. Images, conseils, nouveaux régimes, Instagram et compagnie en regorgent. Alors que certains développent l’obsession de manger sainement, d’autres se sentent perdus face à la pléthore d’informations nutritives.

L’alimentation est devenue un sujet compliqué. Difficile de savoir par où commencer si on veut manger #Healthy. A l’époque pourtant, on ne se posait pas tant de questions. Et si on demandait à nos grands-mamans quel était le rapport à l’alimentation de leur temps ?

Séverine Chédel, diététicienne à Neuchâtel nous offre un avis expert sur la question. Interview

La notion d’alimentation saine n’est pas claire, donc chacun y met sa définition

Séverine Chédel, Diététicienne

Qu’est-ce qui a changé dans notre rapport à l’alimentation ?

Aujourd’hui on a une vision plus médicalisée et scientifique de l’alimentation, par rapport au temps de nos grands-mamans. D’une part, les considérations évoluent, on lie l’alimentation et l’écologie par exemple. D’autres parts, l’offre alimentaire a changé, on a tout en abondance. Aujourd’hui on est aussi influencé et perturbé par le marketing, la publicité, les règles de santé, les croyances populaires et tous les régimes alimentaires proposés.

Avant c’était plus simple, on mangeait quand on avait faim, et on mangeait ce qu’on trouvait. On se posait moins de questions, et je pense que ce n’était pas plus mal.

Je remarque aussi que les gens s’habituent à tout contrôler. A force, on ne supporte plus rien, certains de mes clients vont même jusqu’à vouloir contrôler leur transit, parce qu’ils ne supportent plus les ballonnements, alors qu’il n’y a rien à contrôler là-dedans.

Avez-vous un exemple de ce changement ?

Le pain par exemple, qui avait une grande valeur morale du temps de nos grands parents a ensuite été un petit peu diabolisé. Mais je ne sais pas tellement pourquoi, parce qu’il n’y a pas vraiment de raison. On lui prête beaucoup d’idées reçues : qu’il fait grossir, qu’il donne le diabète, etc. Alors qu’en fait, c’est bien meilleur de manger du pain que des Darvida, des biscottes ou je ne sais quoi.

Qu’est-ce qui prête à confusion dans la vision populaire du #Healthy ?

Les nouveaux courants de type régime paléolithique, régime cétogène, et autres, sont très populaires (voir notre story Instagram qui explique le sujet). On a souvent l’impression qu’ils sont mieux qu’une alimentation normale pour la santé, alors que pas du tout. Peut-être qu’ils sont plus séduisants, plus sexy, plus tendances mais c’est en tout cas pas plus sains. Ces mouvements sont clairement influencés par les réseaux sociaux et les influenceurs.

Il y a une grande confusion entre la santé et le poids actuellement. J’ai beaucoup de patients qui viennent pour des problèmes de poids et qui me disent « mais pourtant je mange sainement !? », et en fait le problème c’est qu’ils mangent trop. Cette notion de #Healthy est trop liée au poids actuellement. On devrait plutôt la lier à la santé, car c’est deux choses différentes.

Il y a beaucoup de confusion avec la notion de #Healthy sur les réseaux sociaux. Par exemple si vous cherchez #HealthyFood, vous tomber sur des avocats, de l’huile de coco, etc. Bref plein d’aliments qui ne sont pas vraiment plus sains que du pain, du fromage ou des pommes. Il y a ce côté exotique qui est attirant avec l’idée sous-jacente que ce qu’il y a chez nous est trop simple, et qu’il faudrait aller chercher ailleurs

Au final, qu’est-ce qu’il faut faire pour être #Healthy ?

En nutrition, on ne peut jamais dire qu’un aliment est « sain » ou  « pas sain ». On est toujours dans les nuances. C’est l’ensemble des aliments, l’alimentation générale, les habitudes alimentaires qui peuvent être saines ou malsaines. Un aliment ça va dépendre de sa fréquence de consommation, des quantités qui sont consommées, etc.

Ce qu’il faut viser, c’est une alimentation variée, et l’équilibre: le manque de quelque chose est aussi peu recommandé que l’excès. Au lieu de regarder la composition des aliments, on encourage plutôt à revenir à des produits bruts qu’on cuisine nous-même. Il y a aussi cette notion de manger quand on a faim, et surtout de s’arrêter quand on a plus faim.

Aujourd’hui l’alimentation est pratiquement devenue un moyen de définir son identité. On utilise notre façon de manger pour se distinguer des autres: « je suis vegan », « je mange de tout et je ne grossis pas », « je mange sain et je suis sportif ». Finalement est-ce qu’il n’y aurait pas autant de façons de manger que de personnalités ?

Par Gaëlle Monayron

Ce travail journalistique a été réalisé dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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