Renouer le contact avec le lectorat : le Covid-19 comme opportunité pour la presse régionale?

dans #médiasconfinés/Mission et publics/Volée 12 par

Et si le coronavirus permettait de réfléchir au lien des médias avec leur public ? La question trouve une piste de réponse avec l’initiative Lettre à nos aînés. Cette action médiatique commune des principaux quotidiens régionaux romands se terminera le 26 mai 2020. Elle témoigne d’un engagement actif dans un temps limité pour une catégorie de lecteurs : les résidents des homes confinés durant la pandémie du Covid-19.

“Chaque jour, nous les aînés, recevons une lettre de votre part. A notre tour, nous aimerions vous écrire. Merci pour ces lettres. C’est sympa!” Des mots simples et la reconnaissance qui s’expriment de la part des résidents du home de l’Ermitage de Neuchâtel. Ces derniers ont aussi répondu par une lettre le 30 avril dans le journal ArcInfo.

La Lettre à nos aînés est une initiative commune de différents médias romands: ArcInfoLe NouvellisteLa Liberté, Le Quotidien jurassienLe Journal du JuraLa CôteGénérations, Vigousse et la La Première de la RTS. Le principe?

  • Recueillir des lettres auprès de personnalités de la région ou de lecteurs
  • En sélectionner une par jour et la publier dans le journal
  • Dans les EMS, on la lit aux résidents

Sandrine Konrad, animatrice responsable dans le home neuchâtelois, se réjouit de cette “très très belle initiative” et fourmille d’idées pour donner suite à l’expérience Lettre à nos aînés. “Ce serait formidable d’échanger des recettes par exemple, peut-être qu’il existe une demande auprès des jeunes et cela pourrait créer encore plus de lien et du partage d’émotions avec l’extérieur”, s’enthousiasme-t-elle au téléphone.

Tout part du Valais

À l’origine, l’idée naît d’un appel entre Vincent Fragnière, rédacteur en chef du Nouvelliste, et Manuella Maury, productrice de l’émission Porte-plume de la RTS. Ils sont tous les deux membres du comité du Festival de la Correspondance d’où le choix spontané de la forme épistolaire. Vincent Fragnière prend ensuite contact avec l’Association valaisannes des EMS (AVALEMS) parce qu’il “souhaite répondre à un réel besoin de mettre en lien les résidents des homes avec l’extérieur”.

“Créer un lien direct et épistolaire avec les résidents d’EMS qui ne peuvent plus lire.”
Manuella Maury
Productrice de l’émission Porte-plume

La productrice de la RTS soumet un concept radiophonique à Ambroise Jolidon, chef d’antenne de La Première. En quatre jours, l’émission Porte-plume est montée “pour créer un lien direct et épistolaire avec les résidents d’EMS qui ne peuvent plus lire, mais aussi avec tous les confinés que nous sommes” comme l’explique Manuella Maury. L’émission sert aussi de caisse de résonance à l’entente trouvée au sein du pool des médias Romandie Combi (ROC) pour la publication des lettres dans les journaux régionaux.

Adapter le contenu rédactionnel et laisser une place à l’émotion

Vincent Fragnière tire déjà un enseignement de cette pandémie : “on peut être très réactif dans n’importe quel média”. L’exemple de la Lettre à nos aînés montre aussi la volonté de laisser une place à l’émotionnel dans les quotidiens régionaux. Cette pratique questionne plus largement le rôle d’une entreprise médiatique.

Serge Gumy, rédacteur en chef de La Liberté et participant à l’initiative, s’interroge sur “la place disponible pour l’émotion dans un quotidien régional dont la culture journalistique s’appuie d’abord sur la raison”. Il ne l’écarte pas, bien au contraire. L’initiative le pousse à réfléchir à la manière de “maintenir une case similaire à l’avenir, alors qu’il n’existait rien de cet ordre jusqu’à présent”.

Retour aux fondamentaux du journalisme régional?

Ces nouvelles formes d’engagement et de création de lien direct avec le lectorat ont toujours existé. Serge Gumy estime que “le partage d’informations de qualité crée déjà un lien tout comme le courrier des lecteurs, même si la Lettre à nos aînés est une nouvelle manière de le faire”.

L’engagement du lectorat fait partie des préoccupations des rédactions régionales romandes. L’exemple de la Lettre à nos aînés renforce encore l’importance des échanges entre les journalistes et les citoyens. La pandémie du Covid-19 questionne dès lors plus profondément le rôle des médias. Le projet LINC répertorie, par exemple, les initiatives actuelles des médias locaux à l’égard de leurs publics.

D’autres réflexions en ce sens existent encore dans le monde académique (petite sélection de textes ci-dessous). Toutes ont un objectif commun: rapprocher les journalistes de leurs lecteurs.

Ce travail journalistique est issu du projet #médiasconfinés (cours “Compétences numériques pour le journalisme”) dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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