RTS Sport: un foyer de nouveaux formats

dans #médiasconfinés/Pratiques/Volée 12 par

Privé de son essence, la rédaction TV des Sports de la RTS est à l’arrêt. Son voisin du web a repris le flambeau avec des contenus originaux qui semblent trouver leurs publics et qui peuvent s’inscrire dans la durée.

“Notre matière est à l’arrêt, nul ne sait quand et comment le sport va reprendre.” Ces mots forts sont ceux de Massimo Lorenzi, le rédacteur en chef du département des Sports de la RTS. Un département orphelin de sa substance. Foot, hockey, tennis, ski alpin, curling, toutes les disciplines naviguent à l’aveugle dans un océan d’incertitudes. 2020 nous promettait pourtant un programme alléchant: le championnat du monde de hockey en Suisse, l’Eurofoot, les Jeux olympiques à Tokyo, accompagnés des rendez-vous annuels comme le Tour de Romandie, les play-offs de National league, Athletissima ainsi que des tournois de tennis. Tous annulés ou reportés. Les journalistes de la rédaction se sont retrouvés au chômage technique.

“Nous avons donc décidé de mettre nos forces pour l’actualité” se réjouit au téléphone le chef du département. Antivirus, info ou web, tous les journalistes des Sports se retrouvent répartis dans les différents départements non sans mal. “On est un peu décontenancé, on est tout le temps dans le rythme des compétitions et là on se retrouve avec plein de temps libre” confie Stefan Renna journaliste aux Sports. Un temps libre inhabituel, utilisé à bon escient.

La naissance d’une logique tri-média

Malgré les annulations à outrance des événements sportifs, l’actualité est bel et bien là: “On a d’abord travaillé sur les annulations puis sur la gestion des athlètes suisses”, dévoile Laurent Gayout, rédacteur en chef adjoint du département des Sports en charge du mutlimédia. “On a fonctionné avec les moyens que l’on avait comme Skype ou encore des Facebook live.”

Le traitement du sport à l’ère du coronavirus a su se réinventer et à fait naître une logique tri-média inédite. “Les journalistes ont fait beaucoup d’interviews Skype avec des sportifs de tous horizons et nous avons également eu beaucoup d’interactions avec la radio,” nous apprend le responsable mutlimédia.

“Cette période a été comme un laboratoire, il y avait une réelle envie de proposer des nouveaux formats.” Jérémie Henriod, journaliste RTS Sport

Plus le confinement avançait et plus les contenus originaux se multipliaient. “Il a permis aux journalistes de tester des choses, ça a été comme un laboratoire, raconte Jérémie Henriod, journaliste aux Sports, il y avait une réelle envie de proposer des nouveaux formats.” La RTS a également poussé les interactions avec son public. Prévu pour les mondiaux de hockey, un quizz a été proposé. Questions subtiles sur le sport et cadeaux à la clé, 7’500 comptes ont été crées par les fans pour venir affronter les journalistes confinés. “Le but était d’instaurer une proximité avec les journalistes que l’on voit à la télé, explique son investigateur Laurent Gayout, ce sont des Monsieur et Madame tout le monde.” Le quizz a compté 250’000 visites et plus de 500 cadeaux gagnés.

“Sans le coronavirus, nous n’aurions pas pu lancer ce concept”

La RTS a ressorti du tiroir un concept de capsule vidéo qui fait fureur. “Nous avions toujours eu cette idée de développer un concept de traitement de l’actualité sportive hebdomadaire sur les réseaux sociaux pour les jeunes” nous apprend Laurent Gayout au téléphone. Les annulations dues au coronavirus, la victoire de Stan Wawrinka à Roland Garros ou encore la Coupe du monde de foot 1994, ces vidéos d’un genre nouveau créent le buzz et les vues. Réseaux sociaux, web, YouTube, les capsules comptent environ 10 à 15’000 vues selon le responsable Multimédia des Sports, mais ce n’est pas le plus impressionnant pour lui : “En termes de durée de visionnement, un résumé de foot de 2 minutes et 30 secondes est regardé en moyenne 30 secondes alors que ces vidéos de 14 minutes sont regardées plus de 7 minutes en moyenne!” Un enthousiasme partagé par Stefan Renna, journaliste aux deux casquettes web et télévisions, co-auteur des premières capsules vidéos: “Sans le coronavirus nous n’aurions pas pu lancer ce concept.”

“En termes de durée de visionnement, les capsules vidéos d’environ 14 minutes ont été regardées plus de 7 minutes en moyenne”, Laurent Gayout, rédacteur en chef adjoint du département des Sports en charge du multimédia

Une musique d’avenir

Le ton et l’originalité de ces vidéos font mouche jusque dans l’antre de la rédaction des Sports: “La production m’a demandé de faire un reportage sur la reprise du sport amateur dans la même optique que les capsules pour un Sport dimanche, l’émission phare des amoureux de sport”, nous raconte Jérémie Henriod.

Le succès de ces vidéos est pourtant à nuancer pour Laurent Gayout en raison de son long format: “En temps normal, le public n’a pas le temps de tout regarder. Il y a trop d’informations en live et il n’a pas le temps de s’attarder sur une vidéo.” Pourtant le responsable multimédia de la RTS n’en démord pas: “Nous allons garder ces vidéos de façon pérenne afin d’en produire une par semaine et de toucher un plus jeune public, il faut le chercher là où il est.” Même son de cloche pour Massimo Lorenzi, “c’est un style d’écriture à poursuivre, à explorer et à renouveler.”

Qu’en sera-t-il du retour à la normale? Si la rédaction défend l’idée de développer un journalisme tri-média, elle est tributaire de l’actualité sportive. Lorsque celle-ci reprendra son rythme effréné, “il faudra assurer les 3’000 heures de programmes par an et on devra recommencer à travailler de manière fragmentée car on n’a pas les forces nécessaires.” Il est encore trop tôt pour définir la crise actuelle comme tournant pour le Département des Sports de la RTS mais une chose est sûre pour son rédacteur en chef adjoint, le coronavirus est “un premier pas vers de nouvelles choses.”


Ce travail journalistique est issu du projet #médiasconfinés (cours “Compétences numériques pour le journalisme”) dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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