Une petite station autrichienne sème le chaos

dans Ecrit/International/Volée 12 par

Au cœur de la crise sanitaire liée à la propagation du Covid-19, la station d’Ischgl, dans le Tyrol autrichien, défraie la chronique.

Les rues sont désertes. Les bars fermés. Les cabines arrêtées. Comme de nombreux lieux à travers l’Europe, la station d’Ischgl, dans le Tyrol autrichien est au point mort. Ici peut-être plus qu’ailleurs, le contraste est frappant avec ce qu’il se passait il y a une dizaine de jours encore. Au point culminant de la saison hivernale, les rues de la petite station– 1600 habitants à l’année­– se transforment en discothèque géante. Une sorte d’Ibiza des montagnes, accueillant des touristes de toute l’Europe. Seulement voilà, depuis la semaine passée, la fête est a pris fin. Et si la station a encore gagné en notoriété ces derniers jours, ce n’est pas pour les raisons qu’elle aurait souhaitées. Car avant d’en arriver au calme plat dû à la quarantaine, les évènements se sont multipliés à Ischgl. Retour sur trois semaines qui ont fait de la station un des plus grands centres de contamination du Coronavirus en Europe.

Le «Kitzloch» à la base de la propagation

Tout débute le 29 février lorsque quinze touristes islandais de retour d’Ischgl sont contrôlés positifs au Covid-19 à leur arrivée au pays. Dans un premier temps, rien ne change pour autant à Ischgl. Une semaine plus tard, on découvre qu’un barman de la station est atteint du virus. Malgré cela, le bar en question, le «Kitzloch» est autorisé à rester ouvert, les autorités jugeant qu’«une transmission du virus aux clients du bar est assez peu probable d’un point de vue médical.» L’affirmation vient d’une médecin du département de la santé du Tyrol. Rien ne s’avéra être plus faux. Quelques jours plus tard, 18 premiers cas sont annoncés à Ischgl, dont 15 ayant, selon toute vraisemblance, été infecté par le barman. Les autorités exigent alors, le 10 mars, la fermeture de tous les établissements publics à l’exception des remontées mécaniques qui restent encore ouvertes 6 jours supplémentaires.

Cette réaction tardive aura permis la transmission du virus à de nombreux autres touristes. Une transmission évitable aux conséquences dramatiques, particulièrement en Scandinavie, d’où vient une grande partie de la clientèle d’Ischgl. Selon les estimations officielles, près de la moitié des plus de 900 cas positifs en Norvège, un tiers des 785 cas du Danemark et un cas sur six en Suède sont des touristes revenus du Tyrol, en priorité d’Ischgl.*

Un temps de réaction critiqué

Depuis le 13 mars, les 279 stations du Tyrol ont été placées en quarantaine. Une mesure drastique qui veut limiter la propagation du virus dans le reste du pays. Mais comment expliquer que les autorités n’aient pas serré la vis plus tôt? La question secoue le monde politique autrichien, toute l’opposition–des socialistes à l’extrême droite­– réclamant une explication. Ils pointent du doigt cette passivité qui aurait eu pour but de profiter des dernières semaines où les touristes étaient nombreux. Du côté des locaux, les avis semblent plus modérés. Anna Salner possède avec son mari un restaurant à quelques encablures du «Kitzloch».  «Nous sommes tous victimes de cette situation. Je pense que les autorités ont pris les mesures adéquates.»

Les locaux peu enclins à répondre

Si la patronne du café-restaurant Salner a accepté de nous donner brièvement son avis par téléphone, plusieurs autres restaurants et hôtels nous ont directement redirigé vers le communiqué de presse publié sur le site de la commune. Signé conjointement par la municipalité, l’office du tourisme et les remontées mécaniques d’Ischgl, ce dernier explique que «les mesures ont toujours été prises au moment exact où des informations sûres étaient disponibles.» Quelques lignes plus loin cependant, on lit une remise en question qui sonne presque comme un aveu: «Est-il possible de tout faire correctement dans une telle situation? Bien entendu, nous examinerons rétrospectivement les décisions prises et analyserons ce qui aurait pu être mieux fait.»

La station souffrira-t-elle d’un déficit d’image une fois l’épisode de la pandémie terminé? «L’ampleur de la crise est telle que notre station ne souffrira pas plus qu’une autre», estime Anna Salner. «Bien sûr que cela fait mal de voir notre station pointée du doigt dans les médias. Mais le plus important maintenant est de parvenir à stopper le virus et de pouvoir revoir Ischgl comme on l’aime l’hiver prochain.»

*Nombre de cas au 16 mars 2020.

Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours “journalisme international” dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

Cet article a été publié sur Heidi.news.

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