Coronavirus au Maroc, entre fake news et fatalisme

dans Ecrit/International/Société/Volée 12 par

Le Maroc n’est ni épargné par la pandémie du coronavirus ni par la propagation de fake news. Les autorités prennent des mesures préventives sanitaires, mais aussi pénales, notamment pour lutter contre les fausses informations. De son côté, la population bombardée d’infos vacille entre hyper-connectivité, traditions et fatalisme.

Le Maroc est en Etat d’urgence sanitaire depuis le 20 mars. Les règles sont posées et les militaires dans la rue veillent au grain. Les microphones énoncent les instructions: «restez chez vous». Tout est fermé, comme en Europe. La population est scindée et les fossés qui la séparait déjà se creusent. Une partie respecte les consignes, terrassée par la peur mondialement ambiante. Face à la menace de chaos, les Marocains s’encouragent et se tournent vers la foi. De son côté, la rue continue parfois sa transe vibrante.

Certains sont dans la négation et l’expriment publiquement. Les caméras des smartphones captent les faits et gestes de l’extérieur. Déclarations officielles, fake news, conseils sanitaires, dénonciations ou encore théories; les réseaux sociaux et les esprits sont débordés par la quantité d’informations sur le coronavirus.

Les fake news s’incrustent, les institutions répliquent

La peur règne, stimulée par les informations qui déferlent. Le pays aux milles influences véhicule comme ailleurs, de fausses informations. Sur les réseaux sociaux, une photo circule représentant le soi-disant patient zéro au Maroc. L’homme s’avère être en réalité un acteur d’une publicité pour une clinique médicale d’Alger. Des images des réseaux présentent des personnes inconscientes dans la rue. Certains démentent l‘existence du coronavirus.

Face à l’épidémie numérique, le procureur général du Roi a averti le 17 mars, de la poursuite en justice des auteurs de fake news. La direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) a révélé l’existence d’applications faussement présentées comme un suivi d’infos sur le coronavirus. Il s’agit en réalité d’un système de piratage, exigeant une rançon pour que la victime récupère l’accès de son appareil. La DGSSI a publié en réaction un document ciblant les applications frauduleuses et conseillant les sites officiels d’information. Malgré le logo officiel en tête du document, comment distinguer le vrai du faux lorsque tout type d’information circule sur WhatsApp?

Les sanctions pénales instaurées portent une attention particulière à la propagation de panique et l’atteinte à l’ordre public. Concernant ce dernier aspect, les autorités ont déjà sévi, et les noms des auteurs des fake news sont divulgués.

Une artiste tangéroise témoigne: «Il n’y a plus grand monde dans la rue mais j’ai reçu plein de vidéos montrant des personnes dehors, qui refusaient de croire en l’existence du coronavirus! Hier soir, j’ai entendu une foule au loin». Elle découvre le lendemain qu’il s’agissait d’un rassemblement de «Plusieurs dizaines de personnes qui ont marché dans les rues de Tanger dans la nuit du 22 mars.» selon le360.ma. Réaction indignée des réseaux et autorités.

Des «conseils miracles» circulent également sur WhatsApp. Une grand-mère, Wafa (nom d’emprunt), s’exprime depuis Marrakech: «J’ai reçu des informations comme quoi l’eau tiède et le citron pouvaient guérir le coronavirus! J’ai compris plus tard que c’était faux vu que la situation s’aggravait ailleurs». Elle s’informe désormais au journal télévisé et auprès de ses petits-enfants, basés dans divers pays touchés par la pandémie.

Un médecin d’une clinique tangéroise se prononce à ce sujet: «les fake news nous retardent dans notre travail d’information pour aider les gens qui sont déjà pas mal perturbés. Comme c’est pas le moment de rigoler, c’est pas acceptable. On fait un double travail». En réponse, il déclare avoir «crée notre propre site pour diffuser les informations officielles».

«On va s’en sortir, si Dieu le veut»

A l’image du message de Gad Elmaleh sur les réseaux, certains confient leur santé aux mains du mektoub, le destin. Ceux qui se sont rassemblés à Tanger ont scandé: «il n’y a que Dieu», comme pour justifier leur non-respect de la consigne sur le confinement.

Bkhour

Les balcons crient les soirs à la grandeur de Dieu. Wafa déclare que «ce virus est comme un signe du divin. Les gens n’ont pas écouté la Terre!».

Certains Marocains perçoivent le virus comme une punition divine, une situation catastrophique prévue par de nombreuses religions.

Pour nettoyer sa maison, Wafa fait circuler le bkhour qui diffuse de la fumée d’écorces.

Cette pratique, relayée sur les réseaux lors des récents nettoyages de rue, est utilisée pour purifier l’air et éloigner le mauvais œil. Par soucis de se préserver, la famille proche d’un enseignant dans un lycée de Tanger, hospitalisé pour suspicion du virus, a préféré ne plus donner de nouvelles.

Une chose est sure, qu’on s’en tienne à Dieu ou aux lois, l’incertitude liée à la progression du coronavirus règne.

Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours “journalisme international” dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

L’article a été publié sur le site Heidi.news.

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