Une vie digne pour les jeunes migrants genevois

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Près de 200 personnes se sont rassemblées jeudi 17 octobre pour occuper le foyer de l’Etoile à Genève. Venus réclamer la fermeture de l’établissement, les différents collectifs de soutien n’ont pas manqué de rappeler les problématiques liées aux conditions d’accueil des jeunes migrants dans le canton. Tour d’horizon des revendications.

Le foyer de l’Etoile est un établissement de jeunes requérants d’asile à Genève. Actuellement, ce foyer héberge une centaine de personnes. Parmi elles, plusieurs mineurs mais aussi des jeunes adultes. Tous ne sont néanmoins pas logés à la même enseigne: leurs statuts, et par extension leurs droits, diffèrent. Ainsi, requérants mineurs non accompagnés (RMNA), jeunes requérants majeurs (ou ex-RMNA) et – depuis peu – mineurs non accompagnés (MNA) cohabitent sous le même toit. Un lieu “d’accueil de masse” qui est décrié par plusieurs collectifs.

Cela fait maintenant plusieurs années que militants et principaux concernés dénoncent à travers diverses actions les conditions d’accueil des jeunes migrants à Genève. Logement inadéquat, formation lacunaire et absence d’encadrement: ils décrivent une situation inacceptable. Le mouvement de contestation a particulièrement pris de l’ampleur à la suite de l’événement tragique en mars dernier entraînant la mort d’un jeune du foyer de l’Etoile. Depuis plusieurs mois, des collectifs de soutien tentent d’établir un dialogue avec les autorités genevoises et de faire entendre leurs revendications. En vain.

Le 17 octobre dernier, un appel a été lancé pour occuper le foyer et exiger sa fermeture.

 

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“Le foyer, c’est la prison”

Les habitants de l’Etoile sont catégoriques: pour eux, les conditions d’hébergement sont inhumaines. Les jeunes du foyer sont nombreux et doivent partager des espaces communs, avec toutes les difficultés que cela implique. «Imagine-toi le matin pour aller à l’école tu dois prendre ta douche avec dix personnes, tout le monde se lève ensemble… Comment tu veux prendre ta douche? Tu dois arriver à cinq heures du mat’!», s’exclame Shiva (prénom d’emprunt) qui loge au foyer de l’Etoile depuis trois ans. Difficile également de se concentrer au moment des devoirs: «je vais à l’école, je retourne au foyer, y a pleins de gens… Tu peux pas réviser. Il y a trop de bruit».

“Moi je croyais pas qu’il y avait une foyer comme ça. Ce foyer ça a été fait pour les moutons” – Shiva.

Des agents de sécurité sont postés devant le bâtiment et contrôlent l’entrée. Les jeunes du foyer sont comptés et fouillés systématiquement à chaque passage et leur permis leur est réquisitionné au moment de rentrer. Les agents ont également le droit de confisquer des affaires: «si tu achètes quelques trucs, si t’as pas la quittance, ils te rendent pas». Alice, membre du collectif Lutte des MNA, dénonce également des comportements violents de la part des agents de sécurité et un “flicage” qui s’apparente à un contexte carcéral.

Un accompagnement qui laisse à désirer

Un autre problème relevé par les jeunes du foyer est celui du  manque de personnel d’accompagnement. «Par jour il y a quatre ou cinq éducateurs. Un éducateur il prend par exemple dix personnes. Avec qui il va parler ? Il peut pas parler avec chacune des dix personnes comme on veut», déplore Shiva. Faute de moyens humains, certaines demandes des habitants ne peuvent pas être traitées.

Aujourd’hui, les collectifs et les migrants de l’Etoile réclament la fermeture du foyer. Ils estiment que d’autres institutions doivent être mis en place.

 

Shiva est toutefois compréhensif envers les accompagnants du foyer, qui doivent tant bien que mal s’adapter à la situation: «C’est très compliqué pour eux aussi parce qu’ils sont pas beaucoup. En plus on est tous différents».

La formation, l’angle mort des autorités

La scolarisation constitue un autre grand volet des revendications. Celui-ci concerne particulièrement les mineurs non accompagnés, qui du fait de leur statut de non requérants, ne sont pas automatiquement inscrits à l’école et sont ainsi laissés dans l’errance. “C’est une demande d’une très grosse majorité de ces jeunes-là”, explique Alice du collectif Lutte des MNA. “Nous on connaît des jeunes qui sont là depuis deux-trois ans, qui ont envie de s’intégrer ici, d’apprendre le français correctement… Et on leur donne pas ces possibilités”.

Un appel à l’apprentissage qui résonne pour l’instant dans le vide. Les autorités du canton estiment que la plupart des mineurs non accompagnés sont uniquement de passage en Suisse. Faute de papiers ou de demande d’asile formelle, la scolarisation de ces jeunes n’est pas prioritaire à leurs yeux.

Quant au foyer de l’Etoile, une alternative sera-t-elle proposée? “Oui. Mais quand, je ne sais pas”, a répondu Christophe Girod, directeur de l’Hospice général, présent à l’occupation du 17 octobre. Une réponse jugée insatisfaisante par les collectifs de soutien. D’autant que des solutions concrètes leur avaient été promises pour cet automne. Il n’entendent pas en rester là; des prochaines actions sont d’ailleurs déjà prévues dans les prochains jours.

Ce travail journalistique a été réalisé pour le cours “écritures informationnelles”, dans le cadre du master en journalisme de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel.

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