Contrer la crise des médias avec un modèle disruptif?

dans En danger/Multimédia/Perugia2019/Volée 11 par

Entre modèle économique singulier et organisation innovante, les nouveaux médias qui émergent dans le paysage de l’information sortent des sentiers battus. Encourager la démarche participative, multiplier les sources de financement et cibler son lectorat font partie de leurs techniques d’approche. Des pratiques qui ne sont pas toujours sans risque.

“Si le produit est bon et que le public est bien ciblé, vous trouverez de l’argent”. C’est de cette manière que Simon Kretschmer a débuté sa conférence sur “Comment gérer une salle de rédaction indépendante”, lors du Festival International du Journalisme 2019 de Perugia. Lui-même directeur de Correctiv, un média indépendant allemand, il a énoncé les points clés pour permettre aux plateformes de rester pérennes économiquement. Car qui dit nouveau média, dit aussi nouveau modèle économique. À l’ère des difficultés financières qui submergent la presse traditionnelle, quelques outsiders se positionnent sur les sources de sponsorisation et de stratégie d’entreprise.

Créer sa propre approche

Les modèles de financement médiatiques sont multiples. Si faire preuve de créativité et d’optimisme peut s’avérer payant dans un premier temps, il s’agit surtout de trouver une stratégie solide sur le long terme. Pour ce faire, il faut d’abord creuser dans les offres publicitaires, la distribution et la vente de produits au sein du média, ou développer des activités en amont pour dynamiser la vie économique du projet. L’une des sources de financement en développement dans les médias émergents est la suivante: le membership. Elle consiste à devenir plus proche du lectorat en lui expliquant pourquoi le média a besoin d’argent. Ainsi, une réelle interaction avec le public s’installe, et celui-ci est en mesure de financer une grande partie de son contenu éditorial.

Diversifier les sources de financement

Le piège dans lequel un média émergent ne doit pas tomber, c’est de dépendre d’une seule source de revenus. Qu’elle soit publique, privée, issue de la philanthropie ou de la publicité, il est essentiel de trouver diverses manières de dynamiser les revenus économiques. Le média français Explicite, qui s’est arrêté en 2019 après moins d’un an d’existence, reposait sur un modèle quasi-intégralement basé sur l’abonnement. Avec seulement 1800 abonnés recrutés sur 19’000 requis pour atteindre l’équilibre, le magazine en ligne a malheureusement dû mettre la clé sous la porte. En janvier 2019, dans les pages du quotidien Le Monde, le journaliste Paul Conge expliquait qu'”il fallait installer la marque et fidéliser une audience. C’est un processus qui prend du temps”. Ainsi, le concept de membership ne peut se pérenniser sans reposer sur d’autres stratégies de recherche de fonds.

La pluralité des sources de financement est la condition sine qua non pour être indépendant financièrement, affirme Simon Kretschmer.

Au vu des possibilités existantes, les médias émergents se doivent de mélanger leurs sources d’investissement, qu’elles soient publiques, privées, ou indépendantes.

Contenu sponsorisé, facilité ou nécessité ?

Une baisse notable de la publicité dans les journaux papier a bousculé l’approche du financement par les partenaires commerciaux, qui se sont dirigés vers les médias numériques. Selon le magazine économique suisse Bilan, la publicité en ligne était celle qui générait le plus de revenus en 2018, avec un bénéfice de 2,1 milliards. Ce qui représente une hausse de 5,9% par rapport à 2017. De plus, un nouveau phénomène a fait son apparition dans les rédactions aussi bien traditionnelles qu’émergentes. Il s’agit du contenu publicitaire, sponsorisé. Cette nouvelle manière de financer le journalisme consiste à produire un article en collaboration avec une marque.

Exemple de publireportage du New York Times avec Netflix. Capture d’écran de nytimes.com, 4 avril 2019

Une pratique controversée, car accusée “d’acheter” les journalistes ou les médias, susceptibles d’être moins critiques quant à leurs partenaires commerciaux. Contenus plus régulés, perte d’indépendance et surtout problèmes d’éthique, tels sont les dangers que le contenu sponsorisé peut engranger. D’autre part, ces articles mélangés aux autres contenus éditoriaux non sponsorisés sont souvent peu différenciés par le public.

Je reçois des appels de la part de lecteurs qui confondent parfois les sponsoring et les contenus indépendants. Il faut qu’on les différencie car ce n’est pas forcément évident pour le lectorat, affirme Emma Lofgren, éditrice du média émergent suédois The Local.

Si le contenu sponsorisé est un phénomène grandissant dans les médias aussi bien émergents que traditionnels, il reste l’une des sources de financement les plus sûres, les partenariats étant souvent tenus par Google, Facebook ou même des entreprises comme UBS. Ainsi, si les modèles économiques disruptifs des médias se construisent de manière singulière, avec pour objectif ultime de pérenniser leur rédaction, ce n’est pas sans danger pour leur indépendance.

Image de titre: Pixabay

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