Horlogerie: un explorateur qui casse les codes

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Clément Gaud a lancé Laventure, sa propre marque de montre. Incursion dans son univers voyageur, entre Land Rover et Jules Verne. Reportage dans le cadre de notre Masterclass internationale: Immersion 24h dans Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds

Dans la zone industrielle de la Chaux-de-fonds, tous les grands noms de l’horlogerie suisse ont pignon sur rue. Tag Heuer, Tissot et cie se partagent l’espace avec les fabricants d’aiguilles, les spécialistes de la découpe laser et autres constructeurs de cadrans. Au milieu de ces mastodontes, Clément Gaud a créé seul sa propre marque de montre : Laventure. Lancée en 2017 grâce à une campagne de financement participatif qui lui a permis de récolter quatre fois le montant espéré, celle-ci compte désormais quatre collections. De quoi bien démarrer une société à l’image de son propriétaire. À son look de baroudeur, grosse barbe et Land Rover tout-terrain correspondent le cuir des bracelets, le bronze patiné des boîtes et les teintes sombres des cadrans de ses montres. En plus de cette esthétique d’aventurier, s’ajoute un style vintage, dont les racines sont profondément ancrées dans l’histoire du designer.

«Petit, je restaurais des montres»

Dès son enfance, il côtoie des vieux objets récupérés par la boutique d’antiquités de ses parents. Parmi ces bibelots, les vieilles montres des années 50 et 60 fascinent le futur entrepreneur. Une attirance qui l’amène déjà vers le commerce. «Je démontais les montres cassées que je trouvais dans le magasin de mes parents. Souvent, il s’agissait simplement d’une pièce qui avait lâché. J’ai appris à les remonter et je les revendais pour financer mes études.» Originaire de Melun en France, Clément Gaud suit une formation de designer à Paris, durant laquelle il découvre le design industriel, notamment chez Renault DS. Lors de son dernier stage, l’univers de l’horlogerie le rattrape. «Je travaillais pour une agence de design à Neuchâtel. Je m’occupais de grandes marques, comme Audemars Piguet. J’ai tout de suite su que je voulais percer dans cette branche. Diplôme en poche, je suis immédiatement retourné en Suisse.»

Inspiré par Jules Verne

Durant cinq années, le jeune homme continue de dessiner des montres. Mais quelque chose cloche. «Je me suis rendu compte que le statut de salarié n’était vraiment pas fait pour moi. Je suis trop indépendant pour supporter les horaires et les compte à rendre. J’ai donc donné ma démission et j’ai poursuivi mon activité en tant que freelance.» C’est alors que cet esprit libre réfléchit de plus en plus sérieusement à une vieille idée : créer sa marque horlogère. Fidèle à lui-même, Clément Gaud fonce.

S’il lance sa propre montre, c’est aussi pour proposer un objet le plus Suisse possible. Il suffit qu’une montre soit à 60% créée en Suisse pour obtenir le label tant convoité Made in Switzerland. «Dans mes produi

ts, 90% de la valeur est issue de Suisse, entre mon bureau neuchâtelois et l’atelier de production chaux-de-fonnier». Mais est-ce suffisant pour survivre dans un marché hyper concurrentiel ? «Je développe une véritable identité autour de Laventure. Je m’inspire par exemple du bédéiste Enki Bilal ou de Jules Verne.» L’écrin de la montre imite un vieux livre, fond bleu marine et détail dorés. Sur ses montres, un poulpe se cache, gravé sous le boîtier d’un modèle inspiré par la vie sous-marine. Car ce que veut vendre Clément Gaud, c’est de l’aventure.

Charlotte Van Breusegem, Orlane Jezequelou, Massimo Greco

 

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