« On va regarder gentiment du côté de la sortie »

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Dans la famille de Jacques-André Maire, tout le monde fait de la politique.  Depuis 2013, sa femme est ministre de l’Education de Neuchâtel. Lui-même est conseiller national depuis 2009. Un emploi du temps surchargé des deux côtés qui laisse très peu de place pour se retrouver.

 

A 60 ans, Jacques-André Maire songe sérieusement à arrêter la politique en 2019 pour partir à la retraite. Quant à sa femme, conseillère d’Etat à l’Education de Neuchâtel, la question se posera en 2021.  Le conseiller national a une photo de son épouse en fond d’écran de son ordinateur car mari et femme se voient très peu vu le rythme de vie effréné de chacun. « Cette semaine on s’est vu une nuit ; je dis une nuit et pas un soir car elle est arrivée à minuit et je suis reparti à 5h30 du matin ». Un train de vie qui pousse à la sortie.

La politique « ce n’est pas une corvée, on y trouve beaucoup de plaisir et de satisfaction mais en terme de confort et de qualité de vie ce n’est pas terrible ; avec l’apéro, les petits fours, on prend du poids, on ne peut pas faire le sport qu’on aimerait ». Il ne souhaite pas pour autant une retraite passive «je préside la fondation pour le soutien au cinéma de Suisse romande, je m’occupe de la formation en continu sur le plan romand, de la fondation pour la recherche horlogère etc. Des activités que je garderai quand j’arrêterai ici ». Selon lui, cette décision n’est pas complètement arrêtée mais « si j’écoute ma petite voix intérieure comme dirait Burkhalter, c’est elle qui me dit d’arrêter » dit-il dans un sourire.

La politique sur le tard

Le conseiller national neuchâtelois est pourtant entré tard en politique, à 40 ans. Plus jeune, il a passé beaucoup de temps dans les mouvements de jeunesse et s’est engagé dans la vie associative mais il craignait d’entrer en politique. « Je voyais les politiciens s’écharper et je n’aime pas le conflit, j’avais peur de mal vivre cela ». C’est grâce à sa femme qu’il décide de franchir le pas, la voyant s’engager en politique avant lui au niveau communal.

Jacques-André Maire était aussi hésitant quant à l’adhésion à un parti, par crainte d’être pris dans des disciplines de parti. Son entrée en politique, il l’a faite en tant que candidat libre : «  quand je me suis présenté pour la première fois au Grand Conseil j’étais sur la liste socialiste mais j’avais demandé qu’à côté de mon nom on mette candidat libre ». Finalement, en observant le groupe socialiste au Grand Conseil, il a pu voir qu’il y avait des pontes du parti qui gardaient leur liberté de vote et il n’avait alors plus aucune raison de ne pas adhérer.

Aujourd’hui, Jacques-André Maire voit ses craintes dissipées quant à l’exercice politique : « Au Palais Fédéral, ça se passe très bien, on peut être fermes dans le débat, s’interpeler, mais après ça n’empêche pas qu’on boive l’apéro ensemble. Ce n’est pas parce qu’on est de partis différents qu’on n’arrive pas à s’entendre. Même avec les collègues plus extrêmes dans les idées, on a d’excellentes relations ».

Sur l’égalité salariale ou l’armée par exemple, il ne partage pas les mêmes convictions que le conseiller national Philippe Bauer (PLR), ce qui ne les empêchent pas de rire ensemble franchement. Contrairement à ce dernier, Jacques-André Maire souhaite des mesures contraignantes pour une égalité de salaire entre les hommes et les femmes. « Je ne suis pas un partisan du tout va bien, que les gens soient de bonne volonté et qu’on y arrive en laissant aller comme ça. On est obligés de mettre des contraintes, comme sur la route» dit-il. En ce qui concerne l’armée, il est pour un service obligatoire pour tout le monde mais pas sous la forme rigide de l’armée. Lui-même a fait tous ses jours de service militaire de soldat non armé, pas parce qu’il était incapable de tirer mais par conviction. Il en garde un souvenir mitigé. Le côté positif, « c’est ce mélange ; on retrouve autant le prof d’Uni que le balayeur ». Mais il a aussi vécu un drame personnel. Père de jumeaux depuis une semaine, il était sur la liste de garde pour le week-end. « Ma femme venait de rentrer de la maternité, je me suis effondré. Ca marque, c’est des trucs inhumains et bêtes car il y avait 400 autres soldats qui pouvaient faire la garde ce week-end ».

Une foi sans limite

J.-A. Maire tire son engagement social de la religion. C’est l’Eglise évangélique qui lui a donné cette empathie vis-à-vis des autres, cette volonté d’aider le plus faible et la responsabilité d’amener le plus grand nombre à une qualité de vie qui soit décente. Ces décisions politiques sont d’ailleurs guidées par sa foi personnelle profonde.

Et la relève ?

Père de trois enfants, il peut compter sur ses jumeaux qui sont entrés au Conseil général de la petite commune de 1300 habitants dans laquelle ils vivent, dès leurs 18 ans. Par contre, le troisième n’est pas du même bord politique « il tourne très mal, il est au PLR. Et il est conseiller financier, c’est dire à quel point il a mal tourné » plaisante Jacques-André Maire.

 

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