Les cigarettiers en terrain brûlant

dans Economie/Ecrit/Santé/Volée 10 par

Trois industriels du tabac produisent et commercialisent des cigarettes chauffantes en Suisse. Les nouvelles technologies sont-elles la solution pour enrayer la baisse des ventes de cigarettes traditionnelles? Enquête.

“Vous prenez un “heets”, vous l’insérez dans le “holder” et vous appuyez sur le bouton central. Le “holder” vibre et le bouton clignote pendant cinq secondes pour préparer le tabac. Puis, vous pouvez tirer vos 14 bouffées pendant cinq minutes. Le tabac se maintient à une température de 275°C”, explique Paul*, kiosquier, qui tient dans ses mains la nouvelle technologie du tabac.

Acheter l’Iqos de Philip Morris International (PMI), c’est un peu comme acquérir le dernier smartphone dans une boutique de téléphonie mobile: on trouve un comptoir avec un commerçant qui explique comment la nouvelle technologie du marché fonctionne.

Si les industriels du tabac, tels PMI, British American Tobacco et Japan Tobacco International, se sont lancés dans la cigarette chauffante, c’est pour endiguer la baisse des ventes de cigarettes traditionnelles. Entre 1995 et 2014, le nombre de cigarettes vendues par an en Suisse est passé de 15,5 à 10,2 milliards d’après l’Administration fédérale des douanes.

Une autre façon de fumer

Les cigarettes chauffantes sont commercialisées avec la promesse d’offrir une nouvelle expérience au fumeur sans les désagréments causés par la cigarette traditionnelle. “Un produit comme Iqos dégage moins d’odeurs qui pourraient imprégner les vêtements et ne donne pas de cendre donc aucun risque d’incendie quand on jette son stick de tabac à la poubelle”, assure Paul. “Il y a un risque réduit de pigmentation des dents” ajoute la hotline de PMI.

De plus, deux sticks de tabac ne peuvent pas être consommés à la suite puisque la partie chauffante doit être rechargée après chaque utilisation dans son boîtier portable. Le cigarettier américain assure donc que son produit est “une excellente alternative pour réduire la quantité de cigarettes normales”. Philippine, 24 ans, étudiante à l’Ecole hôtelière de Lausanne, est de cet avis: “Je fume beaucoup moins depuis que je suis passée à ce système”.

Nouvelle technologie

British American Tobacco (BAT) s’est aussi lancé dans la vente de cigarettes chauffantes avec Glo, vendue en Suisse depuis avril. Le système est à peu près le même: on introduit un stick de tabac dans un petit boîtier qui le chauffe à 240°C environ. “Glo a été conçue par nos scientifiques et nos experts au Royaume-Uni, selon un programme intensif de recherche et développement”, explique Jennifer Wieckhorst, du service juridique et des affaires extérieures de BAT Suisse.

L’autre cigarettier installé à Genève, Japan Tobacco International, n’est pas en reste dans cette course. L’entreprise a mis sur le marché Ploom Tech en juillet dernier. Le produit crée une vapeur de tabac en chauffant un liquide sans nicotine qui passe à travers une capsule contenant du tabac granulé. “Ploom fonctionne un peu comme une machine à capsules de café”, complète Paul.

L’argument qui consiste à dire qu’on fume moins avec Iqos est faux.

Evelyne Laszlo, psychologue et tabacologue

Une cigarette avant tout

Quels sont les atouts de ces clopes électroniques par rapport à la cigarette traditionnelle? “Dans Iqos, on retrouve tous les éléments chers au fumeur: la même quantité de tabac, mais en plus condensé, un filtre, de la nicotine, etc. Elle fonctionne comme une cigarette normale”, explique Paul. Mais à la différence des cigarettes traditionnelles où le tabac est brûlé à plus de 800°C, dans une cigarette chauffante, la température du tabac ne dépasse pas les 300°C. Il n’y aurait pas de combustion et donc, moins de risques pour la santé.

Cependant, “la cigarette chauffante demeure plus dangereuse que la cigarette électronique car, dans la première, le taux de nicotine est fixe [0,5 mg, d’après les données de PMI]. On absorbe la même dose de nicotine qu’avec une cigarette traditionnelle”, explique Evelyne Laszlo, psychologue et tabacologue à Genève. “L’argument qui consiste à dire qu’on fume moins avec Iqos est faux”, poursuit-elle.

Les industriels du tabac sont parvenus à s’engouffrer dans la brèche des fumeurs qui veulent diminuer leur consommation de cigarettes traditionnelles ou arrêter de fumer. Ils seraient en effet 52,8% d’après le Monitorage suisse des addictions de 2015, à vouloir stopper tout produit du tabac. “Malheureusement, ces systèmes empêchent les fumeurs de trouver le bon moment pour arrêter”, déplore Evelyne Laszlo.

*Prénom d’emprunt

Illustration : Vaping360

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