nouvelle nuisance sur les réseaux

« Editorialiste sur Facebook », nouvelle nuisance des médias sociaux

dans Multimédia/Société/Volée 9 par

Le bourdonnement de l’info en continu, relayé par les médias sociaux, est de plus en plus perçu par les usagers comme un obstacle dans l’élaboration de leur opinion politique. Pour ne rien arranger, une nuisance inédite aurait fait son apparition lors de cette campagne présidentielle française : l’éditorialiste sur Facebook. Nous en avons rencontré au détour de notre expérimentation sur Facebook. Si vous avez eu la chance d’y échapper, voici une petite séance de rattrapage. Imaginez…

l'exaspération sur les réseaux

Cela fait plusieurs semaines que vous vivez imbibé de BFMTV. Le matin, Sonia Devillers disserte sur France Inter au sujet des plans de coupe lors du débat entre les candidats. Votre fil Twitter ne relaie plus que les derniers chiffres IFOP-IPSOS-Odoxa­. Quand vous allumez votre TV en espérant enfin pouvoir vous divertir, c’est un autre reportage « en immersion » dans une de ces villes de province oubliée, tombée « aux mains du FN ». Il y en a marre, vous êtes complètement saturé.

Dégoûté, vous éteignez votre télé pour aller trainer sur Facebook. Depuis que vous avez arrêté de « liker » la page du candidat que vous trouvez le moins mauvais, vous ne recevez plus les propositions de meeting, ni ce fouillis de propagande #avecmachin #elysee2017.

Et là, c’est le drame !

Vos amis se sont métamorphosés en « éditorialistes sur Facebook », nouvelle plaie des médias sociaux. Plus pernicieux que le classique troll, vous voilà envahi d’analyses politiques à l’emporte-pièce, réalisées avec sollicitude par vos amis qui sont persuadés qu’en vous apportant ainsi leurs lumières, ils vous sauvent des méandres de votre doute électoral.

commentaires haineux

Ces 1000 voix qui parlent dans nos têtes

Nouvelle figure thématisée avec humour par Rue89, « l’éditorialiste sur Facebook » est cet ami qui poste ses dissertations politique sur les médias sociaux. Pas forcément investi en politique, il profite de la caisse de résonance qu’est Facebook pour donner son avis en de longs paragraphes qu’il juge éclairants.

Cette campagne aura donné du grain à moudre à ces nouveaux commentateurs en ligne. Jean-Luc Mélenchon est-il indigne de ne pas appeler à voter contre M. Le Pen ? Manuel Valls a-t-il trahi Benoît Hamon en soutenant Emmanuel Macron ? Pourquoi les gens ne sont pas dans la rue pour protester contre une Marine au second tour ? Autant de polémiques qui ont généré leur comptant de mégaoctets.

Alors qu’on attendait des médias sociaux qu’ils donnent de l’air au débat citoyen, cette figure de l’éditorialiste sur Facebook est un moyen de dénoncer un nouveau phénomène de saturation de l’information sur internet. Pour beaucoup, loin d’être un moyen de s’informer, les médias sociaux ajoutent au brouhaha incessant de l’information.

Cette figure de l’éditorialiste sur Facebook pose aussi la question de savoir quels sont les motivations de ces nouvelles plumes politique. Y a-t-il réellement une volonté de nourrir le débat? Ou faut-il y voir l’émanation du narcissisme 2.0? On peut soupçonner ce genre de prise de parole publique comme étant en partie motivée par l’image de soi que l’on souhaite projeter. Bien sûr, le « vrai » journaliste peut aussi perdre son lecteur de vue et écrire pour ses quelques amis parisiens. Mais la tentation d’un partage ou d’un retweet encourage probablement ce genre de travers sur les réseaux sociaux.

commentaires

Un autre problème de ces harangues électroniques est qu’elles dégénèrent bien souvent en polémiques stériles. L’immédiateté et la facilité avec laquelle tous les utilisateurs peuvent répondre à un commentaire sur Facebook n’est pas pour encourager la prise de distance et la réflexion. D’autant plus lors d’une campagne aussi émotionnelle que celle que viennent de vivre les Français. Au cours de notre expérimentation sur Facebook, nous avons pu assister à de véritables règlements de compte où les arguments faisaient vite place aux attaques personnelles.

Les médias sociaux peuvent être un réel espace d’expression et représentent aussi un renouveau de la démocratie. Mais pour le bien de cette dernière, pensez-y à deux fois et, en cas de doute, partagez plutôt une photo de votre chat avant de vous inventer éditorialiste sur Facebook.

L’éditorialiste sur Facebook énerve aussi les gens du Monde et de France Culture :

Les cinq tendances qui ont marqué la campagne présidentielle sur le Monde
lien vers le Monde

Xavier de la Porte au sujet de l’éditorialiste sur Facebook sur France culture

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