L’Afghanistan respectera ses enfants en 2030

dans Ecrit/International/Volée 9 par

 

Le Conseil des droits de l’homme s’est réuni pour sa 34e session, au Palais des Nations de Genève. Jeudi 23 mars, ses Etats membres ont adopté la résolution « Protection des droits de l’enfant » comme Objectif de développement durable (ODD) à réaliser d’ici 2030.

Premier jour du printemps. Il est 10h30 du matin. Sous le haut plafond boisé et lézardé de peintures, un homme s’avance. Il s’assied face à l’assemblée sur une chaise garnie de velours. Il a l’air épuisé : les nouvelles ne sont pas bonnes en Afghanistan.

Cet homme, c’est Jens Laerke, le porte-parole de l’Office pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Il annonce que l’Afghanistan est officiellement reconnu comme une des places les plus dangereuses pour naître. « Un enfant afghan sur 18 meurt avant son premier anniversaire », affirme-t-il. « Soit un des plus hauts taux de mortalité infantile au monde ». Et ce n’est pas tout. L’Afghanistan, c’est plus de trois décennies de conflits armés. Avec pour conséquence, un système d’éducation dévasté. Malgré la récente augmentation des inscriptions scolaires, l’OCHA estime à 3,5 millions le nombre d’enfants toujours en dehors de l’école, dont les trois quarts sont des filles.

Ça tombe bien, les droits de l’enfant sont sur la liste des résolutions

Dans les kilomètres de couloirs du Palais des Nations, on croise des diplomates du monde entier. Au bar du « Serpent », les alliances se nouent autour des fauteuils en cuir. Ambiance James Bond des années 1970. On parle des droits de l’homme. On sous-entend des intérêts géopolitiques.

Sous la grande fresque multicolore de la salle des droits de l’homme, la résolution « Protection des droits de l’enfant pour l’agenda 2030 » est proposée par deux groupes de pays : l’Europe et l’Amérique Latine. Cette résolution se base sur la Convention des droits de l’enfant de 1989 : le droit à la santé, à une éducation primaire et secondaire, la protection contre toute forme de violence et l’égalité des sexes. Elle est acceptée à l’unanimité par les 47 Etats membres, car une résolution c’est un symbole. Un pouvoir de recommandation qui n’a pas de conséquences directes. Les droits de l’enfant restent des objectifs, pas des principes. Le Conseil des droits de l’homme possède le droit de dénoncer ses mauvais élèves parmi les pays du globe. Cependant, la question de la dénonciation des pays reste délicate politiquement.

« L’enfant qui souffre de la conséquence des conflits armés de son pays n’est pas victime d’un crime de guerre »

Des objectifs, pas des principes

Christelle Molima, chercheuse à l’Université de Genève en droits de l’enfant, connaît bien la question. Elle nous explique le rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), selon lequel toutes les parties du conflit en Afghanistan ont commis des violations sur les enfants. Toutes. Que ce soit les forces de sécurité afghanes ou les Talibans. Et la liste est longue : recrutement d’enfants dans les groupes armées pour les combats et attentats suicides, meurtres et mutilations d’enfants, attaques dans les écoles, violations sexuelles contre des filles et des garçons… Peut-on parler de crime de guerre ? La réponse est non.

« L’enfant qui souffre de la conséquence des conflits armés de son pays n’est pas victime d’un crime de guerre », explique Karl Hanson, Professeur et Directeur-adjoint du Centre interfacultaire en droits de l’enfant (CIDE).  Les inquiétudes du HCDH ont une portée politique, mais ne donnent pas lieu à une condamnation juridique. « Tout le monde est touché par les conflits. Les enfants partagent le sort de leur pays. Ce n’est pas si surprenant que ça, même si on comprend, qu’on est indigné. »

« Les enfants sont la ressource principale d’un Etat et son avenir »

L’Organisation des Nations Unies (ONU) appelle les Etats à respecter leurs obligations internationales en matière de protection des droits de l’enfant. « C’est ce qu’elle ne cesse de faire avec l’Etat afghan », explique Christelle Molima. Le Conseil de sécurité de l’ONU a déjà sanctionné politiquement l’Afghanistan : suite à une résolution en 2001, il a mis les territoires tenus par les Talibans sous embargo sur les armes. « Les enfants sont la ressource principale d’un Etat et son avenir », souligne la jeune chercheuse. « Si l’Afghanistan ne s’efforce pas de faire respecter leurs droits, le pays ne pourra pas se relever et espérer se développer un jour ».

Au dehors, dans le parc du Palais des Nations, les paons de l’ONU se pavanent en toute liberté et sécurité, sous le ciel clair de la Genève internationale.

Justine Liaudat

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