Estelle Mayer, une femme pressée

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Propriétaire du Tralala hôtel à Montreux, Estelle Mayer est une fonceuse. Alors qu’elle s’apprête à ouvrir une brasserie, à Caux, cette bonne vivante parle de sa philosophie de vie, de son quotidien et des challenges auxquels l’hôtellerie fait face, notamment Airbnb.


La cuisinière range gentiment le buffet du petit-déjeuner, derrière le bar. Un coup de patte sur le comptoir et voilà qu’arrive Estelle Mayer, à vive6 allure depuis son bureau. Situé dans le vieux Montreux, le Tralala hôtel est son « petit bijou », depuis 2008.

Cette fille et petite-fille de restaurateurs rêvait depuis toujours de ce petit hôtel. Trente-cinq chambres, un bar et un thème : le jazz. Fan de Claude Nobs (qui lui a d’ailleurs offert les photos d’artistes qui ornent les murs du bar), elle avoue pousser la chansonnette, le soir venu, lors des afterworks mensuels qu’elle organise, dans son bar.

Jouer sur plusieurs tableaux

A 46 ans, Estelle Mayer gère aussi le Vevey Hotel & Guesthouse, à Vevey, d’où elle est originaire. Et comme si cela ne suffisait pas, un nouveau projet est en route: « je vais ouvrir une brasserie de montagne à Caux, le Coucou. » Dès la mi-janvier, sept chambres seront aussi proposées dans ce chalet.

Si pour la plupart du genre humain, ces activités suffiraient amplement pour faire un burn out, Estelle Mayer est encore présidente de la Société des hôteliers Montreux Vevey Riviera. Businesswoman affirmée voire acharnée, elle joue sur plusieurs tableaux, cela même dans son temps libre: « il m’arrive de lire deux livres à la fois », rit-elle.

S’il n’y a rien de tel qu’un « bon bouquin » pour décompresser, Estelle Mayer aime aussi le sport, « la muscu et le cardio. Parfois je grimpe les 1000 marches qui relient Montreux à Glion. » Et sinon, c’est le ski qu’elle pratique beaucoup, avec son mari Nicolas, leur fils Vadim et leur fille Liv.

« Je n’allais pas tourner en rond à la maison. »

Estelle Mayer s’est d’ailleurs arrêtée de travailler pour s’occuper d’eux, à leur naissance. Sûrement pour repartir de plus belle, une fois les enfants en âge d’aller à l’école. « Je n’allais pas tourner en rond à la maison. » Concilier travail et famille, c’est donc possible ? « Je ne me pose même plus la question. Je suis dans une routine. Je travaille lorsque les enfants sont à l’école, mais dès 17 h, je suis à la maison avec eux. »

Une collaboratrice vient chercher sa patronne : « un téléphone important. » Tandis que la cuisinière essuie et range les couverts, non sans bruit, Estelle répond : « Yes, sure, mmmh…. » Puis elle revient, toujours de ce pas pressé.

Un accueil en bonne et due forme


On la lance sur le milieu hôtelier et ses challenges. Elle commente, débitant à toute vitesse : « les hôteliers doivent faire un effort sur l’accueil. Il faut fidéliser et guider les clients. » Dans son hôtel trois étoiles, Estelle Mayer offre un « welcome drink » et parle volontiers avec les nouveaux venus. C’est d’ailleurs ce qu’elle préfère dans son métier : le contact avec les gens, le côté social. Pas étonnant que son vice soit le champagne.

Estelle Mayer avait défrayé la chronique l’an passé, en conseillant aux hôteliers de se mettre sur Airbnb. Elle-même a mis son auberge de jeunesse de Vevey, sur la plateforme : « je n’en retire pas beaucoup de réservations » concède-elle. « Airbnb est une concurrence pour les hôteliers, bien sûr, mais les gens vont vite déchanter par rapport à l’accueil, à la propreté et à la sécurité. »

La foi comme guide


Elevée dans la foi catholique, Estelle Mayer essaie d’aller régulièrement à la messe et se fait rappeler à l’ordre par son meilleur ami, curé, lorsqu’elle manque à son devoir. Atypique pour une ancienne gérante de discothèque (celle des Caves du Palace de Montreux). « Je pense qu’il est important de s’accrocher à la foi pour ne pas se laisser désarmer par tout ce qu’il se passe dans le monde. » Avoir la foi sans être dans l’extrême et aimer son prochain, autant de valeurs qu’elle essaie d’inculquer à ses enfants. Et son leitmotiv de tous les jours ? « Avancer, innover, ne pas se reposer sur ses lauriers, être le bon juge de soi-même. »

Le petit-déjeuner est desservi. La femme de ménage entre en scène avec l’aspirateur. Et Estelle Mayer s’empresse d’aller accueillir des clients.

Par Claire Pasquier

 

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