Anne-Marie Grobet, l’espoir en diapositive

dans International/Multimédia/Volées 1 à 8 par

Les années écoulées et les conflits côtoyés n’auront pas adouci l’optimisme d’Anne-Marie Grobet, 71 ans, photographe genevoise et fondatrice de la section suisse de Reporters sans frontières et de la fondation DiDé (Dignité en Détention). Retour sur un parcours entre engagements humanitaires et instantanés, avec toujours l’autre en focale.

Russin un jour de juin. C’est dans ce magnifique village de la campagne genevoise qu’Anne-Marie Grobet, qui y vit depuis 40 ans, me reçoit. Après cinq minutes à chercher ses clés perdues, et un double demandé au voisin, nous nous installons dans sa véranda entourée de verdure. Un endroit paisible qui contraste avec les nombreux pays en conflits que la photographe et militante aux cheveux grisonnants et aux yeux amandes bienveillants a exploré durant sa vie.

De sa mère américano-japonaise et de son père genevois elle hérite un goût du voyage et de la liberté. De son passage à l’école internationale, «un établissement d’humanité et de responsabilité», une ouverture au monde. Son premier engagement humanitaire sera en tant que déléguée du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en 1974, après des études à l’Institut de hautes études internationales de Genève (HEI), à Chypre lorsque la guerre avec la Turquie éclate. Une mission de six mois qu’Anne-Marie Grobet décrit comme «grandiose», qui consiste notamment à amener des sacs de pains et de messages aux Grecs restés en zone occupée, et qui lui permet de faire des rencontres extraordinaires. Puis ce fut le Tchad en 77, toujours avec le CICR et plus tard, l’Angola et la Roumanie.

Une « deuxième vie »

Mais c’est le Rwanda qui la marque particulièrement et la lance sur le chemin de sa «deuxième vie». Elle se rend pour la première fois dans ce pays d’Afrique centrale en 1988 «l’un des plus beaux du monde», avec le Haut Commissariat après les massacres de Hutus au Burundi. Lorsqu’en 1990 l’un d’entre eux, un journaliste, s’exile en Suisse et lui demande où est l’adresse de Reporters sans frontières. La Genevoise a un déclic. Cette dernière s’occupe alors de mettre en place une section suisse cette ONG active dans la défense de la liberté d’information, mais se retire vite car elle n’est pas journaliste.

La photographe ne s’arrête pas là. Elle crée deux ans plus tard avec son amie Jeanne Egger, la première déléguée femme du CICR, l’association Dignité en détention qui s’occupe des conditions d’emprisonnement des plus vulnérables. L’association, devenue une fondation, est très active au Rwanda, particulièrement après le génocide, mais aussi dans d’autres pays d’Afrique et à Madagascar.

« Tout est dans la manière d’approcher les gens »

Et la photographie dans tout ça? Son activité principale Anne-Marie Grobet l’apprend en autodidacte. Un appareil photo reçu pour sa première communion et des parents qui font de «très belles images» lui ont donné le goût des clichés. Elle se perfectionne en voyageant puis aux côtés du photographe autrichien Ernst Haas, dont elle est un temps l’assistante, et qui l’encourage à se lancer professionnellement.

«Pour moi, le sens du reportage c’est la rencontre avec les gens» insiste la photographe qui n’a jamais voulu aller au front, «Il y a des gens doués pour ça, pas moi. Mais je les admire, on a vraiment besoin d’eux». Les gens rencontrés lors de ses missions humanitaires se laissent-ils facilement photographier? «Oh vous savez c’est partout pareil, tout est dans la manière de les approcher. J’ai toujours demandé si je pouvais les prendre en photo. On leur disait que pour avoir les moyens de leur venir en aide on avait besoin d’images qui montrent notre travail».

« Je veux transmettre un message d’espoir »

A côté de ses divers mandats, la photographe continue de pratiquer son art pendant son travail de déléguée, ce qui lui a parfois posé des problèmes, notamment au Tchad où les soldats lui on interdit de prendre des clichés pendant trois jours. Les instantanés saisis lors de ses voyages avec le CICR appartiennent à l’organisation (une de ses images chypriotes est d’ailleurs exposée au Musée international de la Croix-Rouge), une situation qui plaît moyennement à celle qui a fait le choix de toujours rester indépendante.

Je ne milite pas dans les rues mais si on a besoin de moi je suis là

Ce besoin d’être utile ancré depuis le plus jeune âge explique sans doute ce parcours de vie extraordinaire et toujours tourné vers l’autre. «C’est une personnalité engagée» déclare Thérèse Obrecht, l’actuelle présidente de Reporter sans frontières et amie avec la photographe depuis l’âge de 18 ans. «Anne-Marie est très intelligente et tout le contraire de futile. Nous n’avons jamais été indifférentes, quand je pense à nous je nous vois comme d’anciennes combattantes» ajoute-t-elle.

Alors même si Anne-Marie Grobet n’a plus envie de voyager, son engagement reste intact: «Je ne milite pas dans les rues mais si on a besoin de moi je suis là». Elle me quitte en me remerciant de ma visite, «J’espère avoir été utile, je voudrais vraiment transmettre un message d’espoir. Il y a encore plein de choses à faire». Et sur ce, retrouve ses clés dans la poche arrière de son pantalon. «Je le savais, je les retrouve toujours» dit-elle en rigolant.

Emilie Mathys, Genève
Atelier rédactionnel II A – politique internationale
Responsable d’atelier : Pierre Hazan
Article publié par la Tribune de Genève

Derniers articles de International

Retour en haut